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Stratfor met en garde contre de nouveaux conflits et guerres dus à la pénurie d’eau

Un centre de renseignement américain a averti que la rareté de l’eau devient une arme potentielle et un moteur de conflits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Dans son évaluation de la situation de l’eau dans la région, le centre de recherche stratégique et de sécurité américain, Stratfor, prévoit que la pénurie d’eau, intensifiée par des années de mauvaise gestion, des lacunes en matière de sécurité et une croissance démographique rapide, fera de l’eau une ressource de plus en plus contestée. Cela augmentera les risques d’instabilité sociale, de violences de la part de groupes armés non gouvernementaux, et de conflits entre nations.

Le rapport souligne que le « stress hydrique » au Moyen-Orient et en Afrique du Nord est devenu une menace aiguë pour la stabilité de chaque pays et de la région dans son ensemble. Ce phénomène se manifeste dans un contexte de luttes continues pour ce resource vitale, de plus en plus rare, et les efforts pour le contrôler.

Stratfor attribue la responsabilité de cette crise aux pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, qu’il décrit comme ayant mal géré les ressources en eau au fil des décennies, un facteur qui a exacerbé les pénuries dans une région caractérisée par un climat chaud et sec.

Stress Hydrique

Selon l’évaluation du renseignement, la croissance rapide de la population dans de nombreux pays a détérioré la situation en augmentant la demande pour de l’eau douce déjà limitée. Dans ce contexte, l’accès aux ressources en eau est devenu un facteur déclencheur de conflits entre nations et acteurs non gouvernementaux dans la région, ainsi qu’un catalyseur pour les troubles sociaux.

Stratfor explique que le stress hydrique est dû à l’écart entre les ressources en eau d’un pays et la demande qui en découle. Dans les nations souffrant d’une rareté extrême de l’eau, comme celles du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, presque toutes les ressources en eau disponibles sont exploitées, rendant ces pays vulnérables aux pénuries en cas de variation de l’offre ou de la demande.

Malgré l’escassement général de l’eau dans la région, la fragilité des conditions hydriques varie d’un pays à l’autre. Par exemple, certains pays disposent de rivières traversant leur territoire, ce qui leur confère un avantage sur d’autres qui n’ont pas accès à de tels systèmes d’eau de surface, selon l’évaluation.

Un rapport du World Resources Institute en août 2023 a désigné Bahreïn, le Koweït, le Qatar, Oman et le Liban comme les pays les plus touchés par le stress hydrique. Cela est largement dû à un manque d’approvisionnement en eau pour des usages domestiques, agricoles et industriels. Le rapport a également détaillé que le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord constituent la région la plus stressée en matière d’eau au monde, avec 83 % de sa population affectée par une utilisation excessive de cette ressource.

Un Outil de Répression

Le centre américain met en garde contre le fait que les pays disposant d’un surplus d’eau pourraient utiliser cette ressource vitale comme un « outil de répression » pour dissuader d’éventuelles hostilités à leur égard en cas de conflits ou de disputes, posant ainsi une menace à la stabilité des nations en situation de stress hydrique.

Alors que l’eau devient de plus en plus rare tout en étant nécessaire pour diverses activités agricoles, industrielles et domestiques, les nations manquant d’eau sont susceptibles de chercher à établir des accords avec celles qui en disposent davantage.

Cependant, l’évaluation de Stratfor suggère que les contraintes géographiques, infrastructurelles et financières limiteront la capacité de nombreux pays à conclure de tels accords. De plus, compte tenu des fréquentes divergences diplomatiques ou des conflits ouverts au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la « répression de l’eau » est susceptible de devenir un outil stratégique de plus en plus utilisé pour exercer pouvoir et influence sur d’autres nations en manque d’eau.

Pour des pays naturellement riches en eau comme la Turquie, ou ceux disposant de capacités technologiques (comme Israël avec la désalinisation), cette stratégie – selon l’évaluation – impliquera de contrôler le flux et l’accès à l’eau, aggravant souvent les tensions et les conflits dans une région déjà instable.

Jordanie et Israël

Stratfor a cité l’accord de 2021 sur l’eau entre Israël et la Jordanie comme exemple, en vertu duquel la Jordanie reçoit de l’eau d’Israël en échange de la fourniture d’énergie à Tel Aviv. Bien que cet accord facilite la coopération, il expose également des déséquilibres de pouvoir, Israël contrôlant les sources d’eau et mettant la Jordanie en danger pendant les périodes de sécheresse.

Un autre exemple de l’impact des ressources en eau sur les relations entre nations est le conflit entre la Turquie d’une part et l’Irak et la Syrie de l’autre. Le centre de renseignement perçoit le contrôle par la Turquie des fleuves Tigre et Euphrate, affectant les pays en aval (Irak et Syrie), comme un exemple récent d’utilisation de l’eau comme « outil de répression ».

Dans des pays comme l’Iran, l’Irak, l’Algérie et Bahreïn, une gestion inadéquate de l’eau a déjà déclenché des vagues de mécontentement public, soulignant la gravité potentielle de cette problématique dans les années à venir, selon le même rapport.

Structures de Gouvernance Faibles

Le rapport soutient en outre que la faiblesse des structures de gouvernance dans la région aggrave ces problèmes. La corruption, l’inefficacité et le manque d’investissement dans les infrastructures hydrauliques entravent la gestion efficace de cette ressource essentielle.

En Égypte, les politiques du gouvernement, qui privilégient des cultures exigeantes en eau comme le riz, ont mis à mal les ressources en eau limitées du fleuve Nil, malgré des préoccupations croissantes concernant le remplissage du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne.

Le centre a noté que les pénuries d’eau en Algérie et en Iran ont déjà déclenché des vagues de manifestations publiques dans ces deux pays. Il a averti que l’augmentation de la rareté de l’eau dans la région est susceptible de créer un environnement où les groupes armés non gouvernementaux pourraient contrôler des ressources en eau vitales pour gagner en influence.

Mohamed SAKHRI

Je suis Mohamed Sakhri, fondateur de World Policy Hub. Je suis titulaire d’une licence en science politique et relations internationales, ainsi que d’un master en études de sécurité internationale. Mon parcours académique m’a offert une solide base en théorie politique, affaires mondiales et études stratégiques, me permettant d’analyser les défis complexes auxquels sont confrontés aujourd’hui les États et les institutions politiques.

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