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Sécurité sanitaire mondiale: les risques de propagation de la variole du singe dans le monde entier

Le 14 août 2024, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé le virus de la variole du singe comme une « urgence sanitaire mondiale ». Cette décision a été motivée par le nombre croissant de cas chez les enfants et les adultes dans plus de 12 pays, en particulier avec la propagation d’une nouvelle souche. Cette évolution a ravivé les craintes que le virus ne se transforme en une épidémie mondiale ou une pandémie similaire à la pandémie de COVID-19, soulevant des inquiétudes quant à la possibilité d’une nouvelle série de confinements à l’échelle mondiale.

La nature de la maladie :

Les données disponibles sur le virus de la variole du singe qui se propage à l’échelle mondiale mettent en évidence ses risques pour la santé, qui pourraient poser des défis aux systèmes de santé dans de nombreux pays. Les informations clés sur la variole du singe sont les suivantes :

Définition: L’OMS définit la variole du singe, communément abrégée en MPXV, comme une maladie causée par le virus de la variole du singe, qui appartient à la famille des orthopoxvirus. Cette famille comprend également la variole, la variole bovine et d’autres virus. Le virus a deux clades génétiques : le clade I et le clade II.

Symptômes: La variole du singe provoque une gamme de symptômes, dont la gravité varie. Bien que la plupart des cas présentent des symptômes gérables, le virus peut entraîner de graves complications chez les femmes enceintes, les enfants et les personnes immunodéprimées, nécessitant des soins dans un établissement de santé (quarantaine). Dans certains cas, la maladie peut être mortelle, les données indiquant des taux de mortalité allant de 0,1 % à 10 % chez les personnes infectées. Il est important de noter que les taux de mortalité peuvent varier dans différents environnements en raison de facteurs tels que la disponibilité des soins de santé et les niveaux d’immunité.

Modes de transmission et de propagation : La variole du singe peut infecter des personnes de tous âges. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un virus respiratoire, la variole du singe peut être transmise par les sécrétions respiratoires. Le virus peut également se propager à l’homme à partir d’animaux sauvages infectés par contact direct avec le sang, les fluides corporels ou les lésions cutanées ou muqueuses de l’animal, ou en consommant de la viande d’un animal infecté. De plus, le virus peut se propager par contact avec des objets utilisés ou touchés par une personne infectée, et il peut être transmis entre humains par contact physique ou activité sexuelle. Les femmes enceintes peuvent également transmettre le virus à leur fœtus.

Traitement et vaccination : Les personnes infectées par la variole du singe se rétablissent souvent en trois semaines, bien que certaines puissent nécessiter des soins de santé. Les personnes infectées doivent être vaccinées avec les vaccins disponibles. Il existe deux vaccins contre la variole du singe : le premier, connu sous le nom de Jynneos (mpox), est un vaccin à deux doses et est le seul spécifiquement approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis pour cette utilisation. Il est produit par la société danoise Bavarian Nordic, mais les approvisionnements sont extrêmement limités et chers. Les États-Unis ont distribué ce vaccin gratuitement en 2022 et l’ont ensuite rendu disponible dans le commerce. L’autre vaccin, ACAM2000, comporte des risques plus élevés d’effets secondaires et ne convient pas à la vaccination de masse.

L’OMS ne recommande pas la vaccination de masse contre la variole du singe comme elle l’a fait pour le COVID-19. Au lieu de cela, il conseille d’utiliser le vaccin contre la poliomyélite pour immuniser les contacts étroits des patients atteints de la variole du singe et des travailleurs de la santé à risque d’exposition.

Développements rapides :

Les données de l’OMS indiquent que la variole du singe n’est pas une maladie nouvelle. Il a été découvert pour la première fois en 1958 lorsque le virus a été identifié chez des singes détenus pour des recherches au Danemark. Plus tard, en 1970, le premier cas humain a été détecté chez un enfant de neuf mois en République démocratique du Congo (RDC). En 1980, la variole du singe avait été éradiquée et la vaccination contre le virus avait cessé dans le monde entier. Cependant, cela n’a pas empêché la maladie de refaire surface, avec des cas apparaissant sporadiquement en Afrique centrale, orientale et occidentale. Depuis 2022, de nouvelles vagues mondiales d’infection ont émergé.

L’élévation du virus au statut d’urgence mondiale est liée à l’émergence d’une nouvelle souche (Clade II), qui s’est propagée au-delà de la RDC. Cette souche se transmet par contact sexuel et présente des symptômes plus légers. Cette évolution coïncide avec la propagation de la dengue, endémique en Afrique centrale et occidentale, qui ressemble à la variole mais est moins contagieuse. Le virus se propage principalement par contact étroit avec des animaux ou des humains infectés et par la consommation de viande contaminée.

Depuis le début de l’année, plus de 18 000 cas ont été confirmés en Afrique. L’agence de santé de l’Union africaine a annoncé qu’un total de 18 737 cas probables ou confirmés de variole du singe avaient été enregistrés en Afrique depuis le début de l’année, dont 1 200 cas en une semaine. Plus tôt cette semaine, les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC africains) ont déclaré que l’épidémie de variole du singe constituait une urgence de santé publique, après plus de 500 décès signalés, et ont appelé à l’aide internationale pour arrêter la propagation du virus.

Réponse urgente :

Suite à la déclaration de la variole du singe comme urgence sanitaire mondiale, les appels se sont multipliés en faveur de la fourniture de vaccins contre la variole du singe, d’autant plus que ces vaccins sont disponibles dans les pays développés, mais pas dans les pays africains les plus touchés par le virus. De plus, les prix de ces vaccins sont considérablement élevés. Par exemple, le ministre de la Santé de la RDC, Roger Kamba, a demandé environ 3,5 millions de doses de vaccins contre la variole du singe pour arrêter la propagation du virus, alors que la RDC doit vacciner 2,5 millions de personnes pour contrôler la maladie.

La société de biotechnologie danoise Bavarian Nordic a confirmé son intention d’augmenter la production de son vaccin contre la variole du singe et de travailler avec les organisations internationales de santé pour garantir un accès équitable au vaccin. La société a déclaré qu’elle avait informé le CDC africain de sa capacité à produire 10 millions de doses du vaccin d’ici la fin de 2025 et à fournir jusqu’à 2 millions de doses cette année. La société a également annoncé son intention d’étendre son réseau de production pour inclure l’Afrique et s’est déclarée prête à collaborer avec le CDC africain et l’OMS pour rendre le vaccin accessible à tous les pays.

Les limites du potentiel pandémique :

La déclaration par l’OMS d’une urgence sanitaire mondiale concernant la variole du singe a suscité des inquiétudes quant à la possibilité que le virus devienne une pandémie, similaire à la COVID-19. Cela a également suscité des craintes d’un nouveau confinement général et de la pression sur les systèmes de santé actuels, qui ne se sont pas encore complètement remis de la crise du COVID-19. Cependant, de nombreux experts estiment que ces préoccupations ne sont peut-être pas réalistes ou probables, compte tenu des différences fondamentales entre la COVID-19 et la variole du singe (comme indiqué dans le tableau 1). Cette distinction pourrait influencer l’approche de la communauté internationale pour faire face à l’urgence sanitaire actuelle.

Voici un tableau (01) comparant les principales différences entre la COVID-19 et la variole simienne :

CaractéristiqueCOVID-19Variole simienne
Agent responsableVirus SARS-CoV-2 (virus à ARN)Virus de la variole simienne (virus à ADN)
PropagationPrincipalement par le biais de gouttelettes respiratoires et d’aérosols[1][4]Principalement par contact physique étroit avec des personnes ou des animaux infectés, ou des matériaux contaminés[1][4]
TransmissibilitéHautement transmissible[1]Moins transmissible que la COVID-19[1]
Période d’incubation2-14 jours[1]5-21 jours[1]
Principaux symptômesFièvre, toux, difficulté à respirer, fatigue, perte du goût ou de l’odorat[1]Fièvre, éruption cutanée évoluant vers des cloques remplies de liquide, ganglions lymphatiques enflés[1]
SévéritéVarie considérablement, allant d’asymptomatique à grave[1]Généralement plus bénin, mais peut être grave dans certains cas[1]
Taux de mortalitéVarie selon le variant et la population, généralement plus élevé que la variole simienne[1]1-10 %, selon la souche et la région[1]
VaccinationDe multiples vaccins spécifiques disponibles et largement administrés[1]Le vaccin contre la variole offre une certaine protection ; Vaccins spécifiques contre la variole simienne disponibles pour les éclosions[1]
Taux de mutationÉlevé (virus à ARN)[4]Inférieur (virus à ADN)[4]
Impact mondialUne pandémie généralisée qui touche des millions de personnes[5]Épidémies limitées, impact global plus faible[5]

Ce tableau met en évidence les principales différences entre la COVID-19 et la variole simienne en ce qui concerne leurs agents causaux, leurs modes de transmission, leurs symptômes, leur gravité et leur impact mondial.

Le tableau précédent montre que la communauté internationale a de meilleures chances de mettre en place une riposte efficace à la variole du singe que sa réponse à la crise de la COVID-19. La disponibilité de vaccins testés, les taux de transmission plus lents et le faible taux de mutation du virus pourraient donner suffisamment de temps à de nombreux pays pour prendre les mesures préventives nécessaires ou contrôler l’épidémie.

Il est également clair qu’il existe des possibilités d’atténuer la pression de la propagation du virus sur les systèmes de santé. La maladie ne nécessitera peut-être pas une quarantaine généralisée comme cela a été nécessaire avec la COVID-19, ce qui pourrait permettre de réaliser des économies qui pourraient être consacrées à l’achat de vaccins ou à leur production locale. En outre, la probabilité d’un confinement général, comme on l’a vu pendant la pandémie de COVID-19, semble plus faible tant qu’il y a un certain niveau de contrôle de la propagation du virus et qu’il n’y a pas de mutations génétiques rapides dans les variants du virus.

Évaluations:

Sur la base de ce qui précède, plusieurs évaluations peuvent être faites concernant les risques potentiels de l’urgence sanitaire mondiale causée par la variole du singe et les défis à relever pour y faire face :

  • La variole du singe représente un nouveau défi pour les systèmes actuels dans le sillage de la reprise après la crise du COVID-19. La propagation de la variole du singe permet de tester dans quelle mesure les systèmes de santé sont bien préparés à faire face à de nouvelles épidémies et à des situations d’urgence. Les pays auraient dû tirer les leçons de l’expérience de la COVID-19 pour améliorer les performances de leur système de santé et restructurer leurs infrastructures afin de mieux répondre à de telles situations.
  • La variole du singe représente un défi pour la santé et le financement des soins de santé. Les mesures préventives contre le virus nécessitent un financement et des ressources adéquats, en particulier dans les pays dont l’économie est faible, étant donné que les prix des vaccins sont élevés et que les approvisionnements sont limités.
  • La variole du singe sera un autre test pour évaluer le niveau de coordination entre les organisations de santé mondiales et locales afin d’assurer une réponse rapide et efficace à la propagation. Les efforts doivent être conjugués pour parvenir à un niveau adéquat d’intervention d’urgence aux niveaux international et régional.
  • La variole du singe soulève des questions sur l’équité de la distribution des vaccins entre les pays riches et les pays pauvres. Elle pose également la question du développement de la recherche scientifique et de la production de vaccins dans les pays du tiers-monde, et de la mesure dans laquelle ces pays peuvent développer leurs systèmes de santé et de recherche.

En conclusion, l’évolution des risques de variole du singe aux niveaux régional et international dépendra de la réactivité des pays face à cette urgence, de l’ampleur de la coopération et de la réponse collective, de la promotion d’une distribution équitable des vaccins entre les pays et de l’encouragement des pays à produire des vaccins au-delà de leurs capacités limitées. Il y aura également une obligation morale et sanitaire de fournir des fonds aux pays économiquement faibles pour parvenir à une réponse nationale rapide afin de lutter contre la maladie avant qu’elle ne se propage au-delà de leurs frontières.

Citations :
[1] https://www.indiatoday.in/health/story/mpox-vs-covid-19-is-there-a-difference-should-you-be-worried-2586197-2024-08-22
[2] https://dergipark.org.tr/en/download/article-file/3230116
[3] https://dph.illinois.gov/topics-services/diseases-and-conditions/mpox/about-mpox/mpox-comparison.html
[4] https://link.springer.com/article/10.1007/s40257-023-00778-4
[5] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC10141174/
[6] https://www.cdph.ca.gov/Programs/CID/DCDC/Pages/Mpox-vs-COVID19.aspx

Mohamed SAKHRI

Je suis Mohamed Sakhri, fondateur de World Policy Hub. Je suis titulaire d’une licence en science politique et relations internationales, ainsi que d’un master en études de sécurité internationale. Mon parcours académique m’a offert une solide base en théorie politique, affaires mondiales et études stratégiques, me permettant d’analyser les défis complexes auxquels sont confrontés aujourd’hui les États et les institutions politiques.

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