
Le changement climatique est devenu l’une des questions les plus centrales à l’agenda mondial ces dernières années, suscitant une attention croissante de la part des pays et des organisations internationales. Cet intérêt s’explique par les menaces sérieuses que représente ce phénomène pour la sécurité humaine, surtout avec l’aggravation de ses impacts négatifs, qui ne se limitent pas seulement à des menaces pour la sécurité, mais englobent également l’augmentation des sécheresses, l’expansion de la désertification et l’aggravation des crises de pénurie d’eau.
Les conséquences de ce phénomène sont devenues plus graves et complexes en raison de leur lien direct avec les questions de sécurité alimentaire et hydrique, la stabilité économique et politique, ainsi que l’intensification des conflits et la propagation du terrorisme, notamment sur le continent africain. Il convient de noter que les contributions de l’Afrique aux émissions mondiales de gaz à effet de serre ne dépassent pas 4 %, mais elle est l’une des régions les plus touchées par les effets du changement climatique. Les effets les plus significatifs incluent la sécheresse, la perturbation des régimes de précipitations et la désertification. Ces défis entraînent une augmentation du nombre de réfugiés et de personnes déplacées à cause de facteurs environnementaux, ce qui met la pression sur les infrastructures et les ressources économiques, expose les communautés à une instabilité politique et sociale accrue et exacerbe les conflits ethniques et sectaires.
Le 20 janvier 2025, le nouveau président américain Donald Trump a annoncé le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, une étape qui a suscité une inquiétude mondiale généralisée, en particulier sur le continent africain, l’une des régions les plus touchées par les répercussions du changement climatique. Bien que les contributions de l’Afrique aux émissions mondiales soient minimes, elle fait face à de graves conséquences environnementales, économiques et sociales du fait de l’augmentation des températures, du changement des régimes de précipitations et de l’augmentation de la fréquence des catastrophes naturelles telles que les sécheresses et les inondations.
Le retrait des États-Unis, en tant que l’un des plus grands pays émetteurs, a affaibli l’engagement de la communauté internationale à atteindre les objectifs de l’accord de Paris, plaçant ainsi l’Afrique dans une position extrêmement difficile. Avec la réduction du soutien financier et technique, la capacité des pays africains à s’adapter au changement climatique est très limitée, ce qui menace la sécurité alimentaire et hydrique et exacerbe la pauvreté et les conflits dans la région.
Dans ce contexte, cet article vise à clarifier l’avenir du changement climatique sur le continent africain, les implications de la décision de retrait de Trump de l’accord de Paris sur l’Afrique, et comment cela a influencé ses efforts pour faire face aux défis climatiques croissants, à travers plusieurs thèmes clés qui seront abordés comme suit :
Premièrement : L’impact du retrait américain de Paris sur la stabilité en Afrique
L’annonce du président américain Donald Trump en janvier 2025, après son accession officielle au pouvoir, concernant le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, représente un message clair indiquant que la priorité est donnée à l’économie américaine au détriment des engagements environnementaux mondiaux. Cependant, les conséquences de cette décision ne se limiteront pas à l’aspect environnemental, mais s’étendront également aux dimensions sécuritaires et politiques, en particulier dans les régions fragiles comme l’Afrique.
L’une des implications les plus significatives est l’impact du retrait sur la montée des menaces terroristes liées au changement climatique, un phénomène qui a commencé à se manifester clairement ces dernières années. Le changement climatique n’est pas simplement une question environnementale ; c’est un facteur multiplicateur des menaces sécuritaires, en particulier dans les régions souffrant de mauvaise gouvernance et d’instabilité politique. En Afrique, où la grande majorité de la population dépend de l’agriculture et des ressources naturelles, le changement climatique exacerbe la pauvreté, la sécheresse et la désertification, créant un environnement propice à la propagation de l’extrémisme violent. Des groupes terroristes, comme Boko Haram en Afrique de l’Ouest ou Al-Shabaab en Afrique de l’Est, exploitent ces conditions pour recruter des individus ayant perdu leurs sources de revenus en raison des changements climatiques.
L’accord de Paris sur le climat représentait un cadre mondial pour unir les efforts visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à soutenir les pays les plus touchés par le changement climatique, en particulier en Afrique. Avec le retrait des États-Unis, l’un des plus grands pays émetteurs et l’un des plus grands financeurs des efforts climatiques, les ressources financières disponibles pour soutenir les projets d’adaptation au changement climatique en Afrique ont diminué.
Ce recul du financement international signifie que de nombreux pays africains ne pourront pas mettre en œuvre des projets d’adaptation au changement climatique, tels que l’amélioration de la gestion des ressources en eau ou le développement de l’agriculture résiliente à la sécheresse. Par conséquent, les crises environnementales et économiques s’aggraveront, intensifiant le dénuement et le chômage, qui sont des facteurs principaux alimentant l’extrémisme violent.
Dans les zones déjà affectées par la rareté des ressources, comme le Sahel africain, le changement climatique aggrave les conflits liés à l’eau et aux terres agricoles. Ces conflits peuvent rapidement se transformer en affrontements armés, surtout en l’absence de gouvernements capables de gérer les ressources de manière équitable. Les groupes terroristes, qui dépendent du chaos et de l’instabilité, exploitent ces conditions pour étendre leur influence et recruter davantage d’individus. Par exemple, dans la région du lac Tchad, la baisse du niveau de l’eau due au changement climatique a entraîné une détérioration des terres agricoles, forçant des milliers de personnes à migrer. Cette migration massive a créé un vide sécuritaire que Boko Haram a exploité pour étendre ses activités et recruter des personnes ayant perdu leurs moyens de subsistance.
L’Indice Mondial du Terrorisme 2022 a révélé que certains de ces groupes terroristes, tels que Boko Haram et l’État Islamique en Afrique de l’Ouest (ISWA), exploitent la dégradation environnementale et les crises climatiques pour accroître leur influence et recruter, en particulier dans la région du lac Tchad. Selon le rapport, environ 30 millions de personnes au Nigéria, au Tchad, au Niger et au Cameroun se disputent des ressources en eau de plus en plus rares, créant un environnement propice à l’exploitation de ces situations par les groupes terroristes. Les terroristes imposent des taxes sur l’eau et utilisent le besoin d’accès à cette ressource pour forcer les communautés à fournir des recrues, allant même jusqu’à le faire par recrutement forcé. La sécheresse et la désertification ont également entraîné des déplacements à grande échelle, augmentant la vulnérabilité des communautés locales et facilitant la présentation par les groupes armés comme une alternative aux autorités locales grâce à la fourniture de sécurité et de services de base.
Le retrait de Trump de l’accord de Paris n’était pas seulement une décision politique, mais également un message fort à l’intention du monde selon lequel les États-Unis ne sauraient assumer pleinement leur responsabilité dans la lutte contre le changement climatique. Ce message pourrait encourager d’autres pays à relâcher leurs engagements climatiques, entraînant un ralentissement des efforts mondiaux pour réduire les émissions. Ce ralentissement signifie une aggravation continue des effets du changement climatique, augmentant ainsi la pression sur les communautés vulnérables en Afrique.
Deuxièmement : Implications du retrait américain de l’accord de Paris sur le financement climatique en Afrique
Le retrait des États-Unis de l’accord de Paris a eu d’importantes répercussions sur le financement climatique mondial, en particulier pour les pays en développement en Afrique et dans d’autres régions les plus touchées par les effets du changement climatique. Les États-Unis avaient promis de fournir 3 milliards de dollars au Fonds vert pour le climat (FVC), qui vise à aider les pays en développement à atténuer les émissions de carbone et à s’adapter au changement climatique. Avec le retrait des États-Unis, une grande partie de ce financement a été arrêtée, ce qui a eu un impact négatif sur la capacité de nombreux pays africains à mettre en œuvre des projets d’énergie renouvelable et à construire des infrastructures capables de faire face aux changements climatiques. Les principales implications pour l’Afrique peuvent être résumées comme suit :
- Baisse du financement international pour les projets climatiques en Afrique
Le retrait des États-Unis de l’accord de Paris représente une menace directe pour le financement destiné aux projets environnementaux et de développement sur le continent africain. Washington était l’un des pays soutenant le Fonds vert pour le climat, qui est un outil clé pour fournir des ressources financières aux pays en développement en vue de financer des projets d’adaptation au changement climatique et de réduire les émissions de carbone. Avec son retrait, l’Afrique est désormais confrontée à un déficit financier qui pourrait entraver la mise en œuvre de projets d’énergie renouvelable, de lutte contre la désertification et de gestion efficace des ressources naturelles. De plus, les allocations financières promises lors de la conférence climatique aux Émirats (COP29), qui devaient atteindre 300 milliards de dollars par an d’ici 2035, pourraient être compromise en raison de l’absence de contribution américaine.
Par conséquent, le déficit de financement prévu pourrait ralentir les plans de transition énergétique sur le continent, augmenter les charges économiques pesant sur les pays africains et accroître les risques de catastrophes environnementales nécessitant des investissements massifs pour atténuer leurs impacts négatifs.
- Impact négatif sur les initiatives de transition énergétique sur le continent africain
Les États-Unis ont joué un rôle fondamental dans le soutien aux programmes de transition énergétique en Afrique, notamment à travers leur participation à des partenariats internationaux tels que les Just Energy Transition Partnerships (JETPs), qui aident les pays à passer à des sources d’énergie renouvelable. Des pays comme l’Afrique du Sud et le Sénégal ont bénéficié d’un soutien réel au sein de ces initiatives, tandis que des programmes similaires sont en cours de développement en Égypte, au Maroc et en Côte d’Ivoire. Cependant, avec le retrait américain, ces projets devraient faire face à des obstacles financiers et techniques, ce qui pourrait entraîner des retards ou même l’annulation complète de certaines initiatives.
De plus, l’absence des États-Unis sur la scène climatique aura un impact sur la capacité de grandes institutions financières, telles que la Banque mondiale, à offrir un soutien adéquat aux programmes d’énergie propre, ce qui pourrait inciter certains pays africains à revenir à la dépendance sur les combustibles fossiles plutôt que sur les énergies renouvelables, augmentant ainsi les émissions nocives et contribuant à aggraver la crise climatique.
- Affaiblissement de la position de l’Afrique dans les négociations climatiques internationales
Le retrait des États-Unis de l’accord constitue un revers important pour les efforts internationaux visant à lutter contre le changement climatique, et affectera particulièrement l’Afrique, qui dépend du soutien financier et technique des grandes puissances pour l’aider à s’adapter aux phénomènes climatiques extrêmes. La présence des États-Unis lors des négociations avait été un facteur clé pour faire pression sur les autres pays industrialisés afin qu’ils respectent leurs engagements climatiques. En leur absence, les nations africaines pourront avoir du mal à revendiquer davantage de financements pour compenser les pertes causées par le changement climatique, la sécheresse et l’élévation des températures.
En outre, le retrait américain pourrait encourager d’autres pays à renoncer à leurs engagements climatiques ou à retarder leur mise en œuvre, affaiblissant ainsi l’élan mondial vers la réalisation des objectifs de l’accord de Paris, et plaçant les pays africains dans une position encore plus vulnérable lors des prochaines conférences des parties.
- Impact du retrait sur les institutions financières africaines et les partenariats de financement international
Les grandes institutions financières telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international jouent un rôle vital dans le financement nécessaire aux projets climatiques en Afrique. Ces institutions ont connu une transformation positive ces dernières années en adoptant des politiques soutenant l’énergie propre et finançant des projets de durabilité environnementale. Cependant, avec le retrait des États-Unis, leur influence dans ces institutions pourrait diminuer, ce qui pourrait entraîner un redéploiement des priorités de financement vers d’autres projets qui ne profitent pas nécessairement aux efforts climatiques en Afrique. En même temps, les institutions financières régionales, comme la Banque africaine de développement, pourraient rencontrer des difficultés pour compenser ce manque, ce qui pourrait les forcer à chercher d’autres sources de financement, comme des partenariats avec la Chine ou l’Union européenne, créant une instabilité dans les stratégies de financement climatique sur le continent, ce qui compliquera l’atteinte des objectifs de développement durable d’ici 2030.
- Augmentation des investissements dans les combustibles fossiles et ralentissement de la transition vers l’énergie propre
Avec l’adoption par les États-Unis de politiques encourageant la revitalisation du secteur pétrolier, gazier et charbonnier, les marchés de l’énergie mondiaux pourraient souffrir d’une augmentation des investissements dans les combustibles fossiles, ce qui affectera directement l’Afrique. De nombreux pays africains bénéficiaient de l’orientation mondiale vers le financement de projets d’énergie propre, mais au vu des nouvelles orientations, l’investissement dans des infrastructures de combustibles fossiles pourrait devenir plus attrayant en termes de rentabilité, compliquant ainsi les efforts de réduction des émissions. Par ailleurs, certaines initiatives de transition énergétique qui dépendent du financement étranger devraient connaître un ralentissement, ce qui pourrait accroître la dépendance aux sources d’énergie traditionnelles et retarder la mise en œuvre de solutions durables dont le continent a désespérément besoin pour faire face aux défis environnementaux.
- Ralentissement de la coopération régionale en Afrique face au changement climatique
Les pays africains ont longtemps compté sur la coopération régionale pour mettre en œuvre des stratégies de lutte contre le changement climatique, comme l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables (AREI), qui vise à promouvoir des investissements dans des sources d’énergie propre. Cependant, avec la diminution du soutien financier et technique résultant du retrait américain, ces initiatives pourraient connaître des difficultés à exécuter leurs plans environnementaux, entraînant des retards ou des annulations de projets environnementaux majeurs.
De plus, il est possible que les pays africains deviennent plus enclins à adopter des politiques individuelles plutôt qu’à coopérer ensemble, chaque nation cherchant à sécuriser les financements nécessaires de manière isolée, ce qui pourrait fragiliser l’unité de la position africaine face au changement climatique et réduire l’efficacité des solutions régionales.
- Impact sur les politiques climatiques des pays africains
Avec le retrait des États-Unis, certains pays africains pourraient commencer à réévaluer leurs engagements climatiques, surtout s’ils constatent que les grandes puissances industrialisées ne respectent plus l’accord comme il se doit. Cette situation pourrait entraîner un désengagement mondial vis-à-vis de l’accord de Paris, certaines nations risquant de choisir de ralentir la mise en œuvre de leurs engagements ou même d’assouplir leurs obligations environnementales en raison du manque de soutien et de pression internationales. En outre, le retrait des États-Unis pourrait inciter d’autres pays, comme l’Argentine et le Brésil, à envisager des mesures similaires, ce qui pourrait affaiblir l’accord au niveau international et rendre le changement climatique encore plus menaçant pour l’environnement et l’économie mondiale.
Par ailleurs, les risques pour les communautés les plus vulnérables pourraient augmenter : les pays africains, notamment ceux situés dans la région du Sahel et du Sahara, souffrent déjà des effets du changement climatique tels que la sécheresse et la désertification. Le manque de financement a rendu plus difficile la lutte contre ces défis, exposant les communautés rurales et les plus pauvres à un risque accru.
Troisièmement : Changement climatique et aggravation des crises humanitaires en Afrique
Avec l’augmentation de l’instabilité sur le continent africain en raison des effets croissants des vagues de sécheresse frappant certaines régions, notamment la région de la Corne de l’Afrique, qui a provoqué une augmentation des taux de déplacements “internes”, atteignant près de 2 millions de personnes en Somalie et en Éthiopie, des millions de réfugiés ont été contraints de franchir les frontières de leurs pays, comme en Somalie et au Sud-Soudan, vers d’autres régions comme le Kenya et l’Éthiopie. Cela reflète l’ampleur de la catastrophe que subit le continent africain. Certaines rapports des Nations Unies ont indiqué que les effets du changement climatique dans la région deviennent variés, se manifestant par des vagues de sécheresse, une augmentation des températures, ou un changement des précipitations, menaçant ainsi la vie des citoyens africains et leurs moyens de subsistance.
Le Soudan demeure exposé aux menaces des changements climatiques, avec l’augmentation des taux de sécheresse, la perturbation des régimes de pluie et l’accroissement des menaces environnementales, tout cela dans un contexte de conflit entre l’armée et les forces de soutien rapide, qui a détruit une grande partie des infrastructures soudanaises, avec la destruction de certaines installations pétrolières, ce qui pourrait entraîner une catastrophe environnementale majeure. Par ailleurs, le conflit au Soudan pourrait réduire la superficie des terres agricoles dans le pays, les transformant en terres incultes, ce qui pourrait augmenter les conflits internes entre les populations et les personnes déplacées concernant les terres agricoles fragiles en raison de la dégradation environnementale dans le pays, intensifiant ainsi les divisions tribales et politiques. Ces conditions soulignent la nécessité d’une intensification des efforts internationaux et régionaux urgents pour traiter les changements climatiques et leurs conséquences dévastatrices sur les différentes régions du continent africain.
D’autre part, les Nations Unies ont confirmé que de nombreux pays les plus touchés par ces phénomènes climatiques souffrent d’une fragilité sécuritaire, accueillant 8 des 15 pays les plus impactés par le climat ayant des missions de maintien de la paix ; le Mali étant un exemple marquant, souffrant d’un mélange complexe entre les conflits internes et les effets du changement climatique.
Les groupes armés sur le continent bénéficient de la persistance de l’instabilité causée par le changement climatique, notamment avec l’incapacité de certains pays à fournir les besoins de base à leurs citoyens. Dans un autre contexte, la pénurie de ressources en eau au Cameroun a conduit à l’augmentation des conflits locaux entre les pêcheurs et les agriculteurs, ce qui a entraîné le déplacement d’environ 100 000 personnes à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Pendant ce temps, le bassin du lac Tchad fait face à des répercussions négatives graves dues à l’insécurité alimentaire aiguë au milieu d’une intensification des conflits dans la région, aggravée par les impacts négatifs du changement climatique, ouvrant un conflit entre près de 30 millions de personnes de la région sur l’accès à l’eau dans le lac.
Dans la région de l’Afrique subsaharienne, environ 400 millions de personnes souffrent déjà d’un manque d’eau potable, et il est prévu qu’environ 330 millions de personnes soient confrontées à des pénuries d’eau d’ici 2025, alors que près de 460 millions de personnes devraient subir des stress hydriques.
Quatrièmement : Efforts internationaux face aux changements climatiques
S’attaquer aux changements climatiques est devenu l’une des priorités essentielles du plan de l’ONU pour le développement durable, connu sous le nom de « Plan 2030 » ; où l’objectif numéro (13) « Action climatique » insiste sur la nécessité de renforcer les capacités, car l’impact des changements climatiques représente un défi majeur pour le développement africain et la résilience face aux catastrophes liées au changement climatique, ainsi que pour la nécessité de mener des actions sérieuses et puissantes pour atténuer les effets du changement climatique et y faire face. Ces dernières années, les efforts internationaux ont augmenté pour développer des stratégies qui réduisent l’impact climatique sur les pays, en mettant l’accent sur la réduction des émissions de gaz toxiques responsables du réchauffement climatique.
Bien que l’Afrique contribue de manière très marginale aux émissions de gaz à effet de serre mondiales, elle reste l’un des continents les plus touchés par le changement climatique, faisant face à d’énormes défis tels que les sécheresses, les inondations et l’insécurité alimentaire qui entraîne des famines. Pourtant, les capacités de la continent à faire face à ces défis restent très limitées en raison d’un manque de financement et de soutien international, dans ce contexte, les pays développés ont alloué des fonds pour soutenir l’Afrique dans son combat contre le changement climatique, mais ceux-ci sont nettement inférieurs aux besoins du continent pour s’adapter aux conditions difficiles. Un effort notable dans ce contexte a été la création d’un « Fonds pour les pertes et dommages » lors de la conférence sur le climat (COP 27) tenue à Sharm El-Sheikh en novembre 2022, visant à indemniser les pays pauvres pour les dommages dus au climat. Cependant, jusqu’à présent, des discussions sont encore en cours sur le fonctionnement de ce fonds et les conditions pour en bénéficier.
Avec l’accroissement des défis environnementaux et climatiques, les menaces pesant sur le continent africain devraient se propager aux pays extérieurs au continent, ce qui pourrait pousser certaines nations – notamment les pays industrialisés – à réduire leurs émissions de carbone, à diminuer la pression sur le climat africain, et à avancer vers des solutions adéquates face aux dangers posés par les menaces climatiques. Récemment, la diplomatie climatique a émergé comme un outil clé en réponse mondiale aux défis climatiques. Cette diplomatie vise à favoriser le dialogue entre les intérêts nationaux et la coopération internationale, dans le but de formuler des réponses communes. Parmi ses exemples marquants figure la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui cherche à réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en se concentrant sur le soutien aux pays pauvres. De plus, le discours sur la justice climatique joue un rôle important dans la mise en lumière des défis du continent africain et le renforcement de sa sécurité climatique.
Ce discours sur la justice climatique aborde l’importance de promouvoir une approche de sécurité climatique centrée sur le continent africain, et dans un autre contexte, certaines nations du continent africain – notamment dans la région de la Corne de l’Afrique, comme la Somalie et le Soudan – peuvent affronter les changements climatiques, et ce, en :
- Augmentant le soutien financier : À travers l’aide internationale fournie et octroyée.
- Renforçant la coopération régionale : En soutenant l’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD) et en élaborant des stratégies efficaces.
- Mettant en œuvre des politiques climatiques efficaces : Pour s’adapter aux défis climatiques croissants.
Cinquièmement : L’avenir des changements climatiques sur le continent à la lumière de l’Agenda Afrique 2063
L’Agenda Afrique 2063 représente un cadre continental important pour l’Union africaine ; il repose sur 7 aspirations principales, dont la plus marquante est « Une Afrique prospère fondée sur la croissance inclusive et le développement durable », à travers laquelle le continent africain cherche à faire face aux menaces climatiques croissantes et à promouvoir le développement africain. Dans ce cadre, il était nécessaire d’actualiser l’Agenda 2063 pour contrer les défis liés au changement climatique et évoluer vers des voies plus durables afin de renforcer les ambitions du continent dans l’accomplissement des objectifs de l’agenda futur.
L’Afrique fait face à d’importants défis dus au changement climatique, qui non seulement entrave le développement mais menace également l’atteinte des objectifs de l’Agenda 2063. L’insuffisance des réponses à la crise climatique suscite des inquiétudes concernant l’augmentation des émissions de carbone en raison de la croissance démographique et du développement. Alors que l’Afrique s’efforce d’améliorer les niveaux de vie, cela pourrait s’accompagner d’émissions de carbone estimées à 297 millions de tonnes supplémentaires d’ici 2043, faisant passer sa part des émissions mondiales de 9 % à 12 % et potentiellement à 30 % d’ici 2063.
En ce qui concerne les prévisions d’émissions de carbone à l’avenir, les craintes s’accroissent que la faiblesse des réponses à cette crise puisse entraîner des effets négatifs à long terme, surtout en lien avec le développement en Afrique qui est associé à l’augmentation des émissions de carbone, comme cela s’est produit dans d’autres régions du monde. Avec l’augmentation rapide du nombre de la population et une demande croissante d’amélioration des niveaux de vie, les études indiquent que les émissions d’Afrique pourraient dépasser celles de l’Union européenne d’ici 2030. Les émissions de carbone sur le continent devraient augmenter considérablement. Il est estimé que l’atteinte des objectifs de l’Agenda 2063 entraînera l’émission d’environ 297 millions de tonnes supplémentaires de carbone d’ici 2043, ce qui fera augmenter la contribution de l’Afrique aux émissions mondiales de 9 % actuellement à environ 12 %, et pourrait atteindre 30 % d’ici 2063.
Concernant la croissance des émissions du continent africain par rapport aux autres pays du monde, selon les analyses, l’Afrique sera soumise à une augmentation significative des émissions de carbone de telle sorte que :
- Elle va dépasser les émissions des États-Unis d’ici 2039.
- Elle va surpasser celles de l’Inde d’ici 2046.
- Elle va dépasser celles de la Chine d’ici 2056.
Cette augmentation menace les efforts mondiaux visant à limiter le réchauffement à moins de 1,5 degré Celsius, mettant en évidence la nécessité d’interventions urgentes et de stratégies plus ambitieuses. Pour éviter de faire obstacle à la mise en œuvre de l’Agenda Afrique 2063, la gestion des risques climatiques doit être intégrée dans les stratégies principales à travers :
- Évaluation des risques : Identifier les vulnérabilités et anticiper les impacts environnementaux.
- Renforcement des infrastructures : Construire des structures capables de résister aux phénomènes climatiques extrêmes.
- Planification agricole : Choisir des cultures et des stratégies de gestion de l’eau adaptées au climat.
- Diversification des sources d’énergie : Promouvoir la dépendance à l’énergie renouvelable et améliorer sa capacité d’adaptation aux changements climatiques.
Il est également important de renforcer les capacités des communautés locales et des institutions pour faire face à des risques climatiques et créer des moyens de subsistance durables. Par ailleurs, une bonne gouvernance doit être promue pour garantir une réponse efficace aux changements climatiques et réduire les conflits découlant de la rareté des ressources ; il est évident que l’accomplissement des objectifs de développement ambitieux de l’Agenda 2063 est directement et indirectement influencé par le changement climatique. Les scénarios qui présentent un potentiel de croissance important, tels que l’expansion de l’industrialisation et l’application de l’accord de libre-échange continental africain, pourraient être associés à une augmentation significative des émissions de carbone, ce qui rend l’intégration des objectifs de développement et des politiques climatiques absolument nécessaire. Par conséquent, la gestion du changement climatique est une question centrale pour garantir la sécurité humaine, soutenir la stabilité environnementale et assurer un développement durable sur le continent africain.
Les pays africains s’efforcent de rassembler des contributeurs internationaux pour atteindre environ 1,3 trillion de dollars américains par an d’ici 2030, notamment 220 milliards de dollars pour les pays les moins avancés, dans le cadre des efforts des pays développés pour élargir la base des contributeurs afin d’inclure les pays dont les économies ont connu une croissance marquée depuis 1992, comme la Chine et les pays producteurs de pétrole. Les pays africains se concentrent de plus en plus sur le financement, car ils ont besoin d’un nouveau financement supplémentaire et de conditions favorables qui ne conduisent pas à une augmentation de la dette. Ils plaident également pour l’élargissement des instruments de risque liés aux devises étrangères, l’allègement de la dette et le prêt en monnaie locale.
Scénarios potentiels suite au retrait de Washington de l’accord de Paris
Le retrait des États-Unis d’Amérique de l’accord de Paris sur le climat pourrait avoir des répercussions considérables sur la politique mondiale, l’environnement et l’économie. Les États-Unis sont le deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde, par conséquent, leur retrait pourrait influencer les efforts internationaux pour lutter contre le changement climatique. Voici les scénarios potentiels les plus notables :
Renaissance du besoin d’autonomie des pays africains : Le retrait des États-Unis pourrait inciter les pays africains à renforcer leur autonomie dans le domaine de l’énergie propre et de la gestion des ressources naturelles. On pourrait observer une augmentation des investissements locaux et régionaux dans des projets d’énergie renouvelable, alors que les pays africains travaillent à renforcer la coopération régionale pour faire face aux défis climatiques, comme la création de projets communs d’énergie propre et la gestion des ressources en eau.
Conséquences économiques négatives pour l’Afrique : Il est important de noter que le continent africain est l’un de ceux qui sont les plus touchés par le changement climatique, puisque de nombreux habitants dépendent de l’agriculture, laquelle est affectée par les changements climatiques. Le retrait des États-Unis pourrait affaiblir les efforts globaux pour réduire les émissions, entraînant une aggravation des conséquences climatiques comme les sécheresses et les inondations, et affectant ainsi les économies locales. Le retrait américain pourrait également augmenter les pressions économiques sur les pays africains qui nécessitent un soutien pour mettre en œuvre des projets d’adaptation au changement climatique.
Baisse du financement alloué aux projets climatiques en Afrique : Avec le retrait des États-Unis de l’accord de Paris, l’Afrique pourrait sévèrement souffrir de la perte du financement américain pour les initiatives climatiques. Les États-Unis contribuaient à hauteur de milliards de dollars au Fonds vert pour le climat, sur lequel les pays africains comptent pour financer des projets d’énergie renouvelable, de lutte contre la désertification et d’infrastructures durables. En l’absence de ce soutien, des projets clés tels que la transition énergétique juste en Afrique du Sud et au Sénégal, ainsi que des efforts de reforestation dans la région du Sahel, pourraient être compromis. De plus, les plans d’adaptation à la sécheresse en Éthiopie, au Kenya et en Somalie pourraient être retardés à cause d’un manque de ressources. Cela rendrait les pays africains plus vulnérables aux catastrophes environnementales, limitant leur capacité à lutter contre le changement climatique.
Affaiblissement du rôle des institutions financières internationales dans le soutien à la transition énergétique en Afrique : Les États-Unis exercent une forte influence au sein de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Avec leur retrait de l’accord de Paris, ces institutions pourraient réduire leur financement des projets climatiques africains. La Banque mondiale avait commencé à accorder des prêts concessionnels pour aider à fermer les centrales à charbon et à réaliser la transition vers des énergies renouvelables, mais avec le retrait américain, ces prêts pourraient diminuer. Autrement dit, certains pays, comme le Nigéria et l’Afrique du Sud, pourraient se voir contraints de revenir à la dépendance sur le charbon et les combustibles fossiles au lieu de développer une énergie propre. De plus, des projets comme les centrales solaires en Afrique du Nord pourraient connaître un ralentissement, ce qui entraverait les efforts du continent pour opérer une transition vers un avenir respectueux de l’environnement.
Réduction de l’engagement des pays africains envers l’accord de Paris sur le climat : Le retrait des États-Unis, le deuxième plus grand émetteur au monde, pourrait inciter certains pays africains à se retirer de leurs engagements climatiques. Beaucoup de gouvernements africains s’appuient sur le soutien international pour financer leurs plans de réduction des émissions, et si ce financement n’est plus disponible, ces pays pourraient ne plus considérer l’exécution de leurs engagements environnementaux comme une priorité. Par exemple, certains pays qui avaient prévu d’imposer des taxes environnementales ou de fournir des incitations pour l’énergie propre pourraient revenir sur ces politiques. De même, l’absence de leadership américain pourrait affaiblir l’élan mondial des négociations climatiques, rendant les pays africains moins enclins à respecter leurs engagements environnementaux, ce qui pourrait entraîner une dégradation environnementale accrue sur le continent.
Dissolution de la coopération régionale africaine face au changement climatique : Il existe plusieurs initiatives climatiques africaines qui dépendent du financement international, comme l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables, qui vise à élargir l’utilisation de l’énergie propre à travers le continent. Avec le retrait des États-Unis, les pays africains pourraient se retrouver contraints d’agir individuellement plutôt que collectivement sur des projets climatiques. Par exemple, les plans d’interconnexion électrique entre l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie pourraient être perturbés en raison de pénuries de financements, impactant la stabilité des réseaux énergétiques. Parallèlement, certains pays comme le Nigeria et l’Angola pourraient se concentrer sur le développement de projets pétroliers et gaziers au lieu de l’énergie propre, limitant ainsi la coopération régionale et affaiblissant la position de l’Afrique pour négocier comme un bloc unifié lors des négociations climatiques mondiales.
Enfin, l’avenir du changement climatique en Afrique représente un défi existentiel nécessitant une réponse globale et décisive. Dans le contexte actuel, le continent pourrait faire face à de graves conséquences si la gestion des risques climatiques n’est pas intégrée dans tous les aspects de la planification de développement. Cependant, des opportunités demeurent pour transformer ces défis en catalyseurs de progrès, l’Afrique pouvant conduire les efforts internationaux pour développer des modèles de développement innovants et durables grâce à des investissements dans les énergies renouvelables, le renforcement de l’adaptation climatique en agriculture et infrastructure, et l’adoption de technologies vertes réduisant les émissions. De plus, le renforcement de la coopération régionale à travers des accords tels que l’accord de libre-échange continental africain pourrait servir de moyen efficace de partage des ressources et de construction de résilience. Néanmoins, les changements climatiques sur le continent continueront d’agir comme un moteur principal pour les groupes armés, et les ignorer contribuera à renforcer les activités de ces groupes, entraînant ainsi davantage de pressions économiques, politiques et sociales sur l’Afrique et intensifiant l’instabilité. Les États africains doivent envisager les menaces liées aux changements climatiques comme des facteurs dynamiques ayant des impacts liés à la sécurité, à l’économie et aux voies de développement sur le continent.
Ainsi, le retrait de Trump de l’accord de Paris sur le climat apporte des implications négatives pour le continent africain, affectant les efforts mondiaux de réduction des émissions et affaiblissant le soutien financier et technique accordé aux pays en développement. Cependant, l’Afrique a la capacité de s’adapter à ces défis en renforçant la coopération régionale et internationale, en adoptant des technologies durables et en mettant en avant des politiques climatiques plus efficaces. En fin de compte, lutter contre le changement climatique nécessite un engagement mondial ; le retrait des États-Unis de l’accord de Paris menace le Fond pour les pertes et dommages, privant l’Afrique des compensations nécessaires pour faire face aux catastrophes climatiques, et le manque de financement aggravera les crises humanitaires et retardera les efforts de reconstruction et d’adaptation au changement climatique.
Références
[1] Camilla Mina, Africa’s climate change chief criticises Trump’s Paris withdrawal, African Business, 22 January 2025. https://african.business/2025/01/politics/africas-climate-change-chief-criticises-trumps-paris-withdrawal[2] Global Terrorism Index 2022, Institute for Economics & Peace – IEP. https://www.visionofhumanity.org/wp-content/uploads/2022/03/GTI-2022-web-04112022.pdf[3] Nik Popli, What Happened the Last Time Trump Withdrew From the Paris Agreement, time, 21 January 2025. https://time.com/7208955/trump-paris-climate-agreement-withdraw-impact/[4] Dhesigen Naidoo, US Paris climate agreement exit will hit Africa hard, Institute for Security Studies (iss), 26 February 2025. https://issafrica.org/iss-today/us-paris-climate-agreement-exit-will-hit-africa-hard[5] People, Countries Impacted by Climate Change Also Vulnerable to Terrorist Recruitment, Violence, Speakers Tell Security Council in Open Debate, United Nations. https://press.un.org/en/2021/sc14728.doc.htm[6] Coups, food, climate, and more on AU summit radar, Deutsche Welle. https://www.dw.com/en/au-summit-grapples-with-coups-food-crisis-terrorism-climate-change/a-61962760[7] Janani Vivekananda, Lake Chad Risk Assessment: The role of climate change in the current crisis, Adelphi. https://www.adelphi.de/en/project/lake-chad-risk-assessment-role-climate-change-current-crisis[8] Farouk Hussein Abu Deif, Climate Change Is a Gateway to Terrorism in East Africa and the Sahel, Alternative Policy Solutions. https://aps.aucegypt.edu/en/articles/1321/climate-change-is-a-gateway-to-terrorism-in-east-africa-and-the-sahel[9] Aimée-Noël Mbiyozo, Loss and damage still stuck in the mud, Institute for Security Studies (ISS Africa) 21 November 2024. https://issafrica.org/iss-today/loss-and-damage-still-stuck-in-the-mud


