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Que signifient les résultats du premier sommet entre le Golfe et l’Europe pour la région et le monde ?

Le premier sommet commun entre les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et l’Union européenne (UE) s’est conclu à Bruxelles le 16 octobre 2024, après deux années de négociations sur une nouvelle stratégie de l’UE envers le CCG, visant à établir un nouveau partenariat stratégique pour la paix et la prospérité et à démontrer l’alignement et la coordination entre les deux parties face à de nombreux défis mondiaux. Cet article vise à fournir une analyse objective de l’importance de ce sommet, décrit comme historique, et des implications de ses résultats pour l’avenir des relations entre le Golfe et l’Europe.

L’importance du sommet et son contexte :

Le premier sommet Golfe-Europe a tiré son importance de deux facteurs principaux :

L’importance des blocs du Golfe et européens :

L’UE et le CCG figurent actuellement parmi les blocs mondiaux les plus significatifs, compte tenu de leurs vastes capacités et ressources. Ensemble, ils représentent une grande puissance économique, représentant plus de 20 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, le PIB du CCG dépassant 2,4 billions et celui de l’UE autour de 18,3 billions, selon les dernières données. D’un point de vue géostratégique, l’UE est une puissance internationale importante et influente dans le monde, considérant ses capacités militaires significatives et le niveau de développement technologique et économique de ses 27 États membres, ainsi que sa large population de plus de 450 millions d’habitants, en faisant le troisième plus grand bloc humain au monde.

Ces capacités permettent à l’UE de jouer un rôle de premier plan dans l’addressage des défis de sécurité, militaires, politiques, économiques et climatiques auxquels font face l’Europe et le monde. À l’inverse, les pays du CCG acquièrent une importance internationale croissante, non seulement en raison de leur potentiel économique significatif et de leur position en tant que principale source de combustibles fossiles dans le monde mais aussi grâce à leur rôle politique croissant sur les plans régional et international. Ils sont devenus des acteurs actifs et des partenaires fiables pour toutes les puissances internationales face aux grands défis et crises mondiaux.

Le contexte du sommet :

Le sommet Golfe-Europe a eu lieu dans un contexte de fortes turbulences politiques au Moyen-Orient et en Europe, incluant la guerre en cours à Gaza, les conflits au Liban, les tensions croissantes en mer Rouge dues aux confrontations avec les Houthis, et le risque croissant d’élargissement du conflit à la suite des confrontations directes entre Israël et l’Iran, sans oublier la guerre en cours entre la Russie et l’Ukraine, parmi d’autres crises qui nécessitent des réponses coordonnées et pratiques de la part des deux parties pour faire face aux défis communs et renforcer les efforts diplomatiques pour protéger la sécurité et la stabilité aux niveaux régional et international. La relation entre le CCG et l’UE est particulièrement pertinente pour les deux parties.

Dans une région marquée par des conflits qui menacent non seulement la stabilité du Moyen-Orient mais aussi celle de l’Europe, la sécurité, la stabilité et la prospérité du Golfe ont des répercussions directes sur l’UE, qui a souffert considérablement des conséquences de ces conflits, notamment en raison des vagues de migration qu’ils ont déclenchées. Ces dernières années, le CCG est également apparu comme un médiateur significatif et efficace dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine, ce qui est un enjeu crucial pour les pays de l’UE.

Les Émirats arabes unis ont dirigé les efforts de médiation entre les deux parties, annonçant le succès de neuf opérations de médiation pour l’échange de prisonniers de guerre, avec un total de 2 184 prisonniers échangés grâce à ces médiations émiraties, indiquant le potentiel d’atteindre des solutions politiques à cette crise complexe.

Sur le plan économique, les relations entre le CCG et l’UE connaissent des développements rapides qui servent les intérêts des deux parties. L’UE est le deuxième partenaire commercial du CCG après la Chine, tandis que le CCG est le neuvième partenaire commercial de l’UE. L’échange commercial entre les deux parties a atteint 170 milliards d’euros en 2023. Pendant ce temps, les investissements du Golfe dans les pays de l’UE se sont élevés à environ 306 milliards d’euros en 2023, tandis que l’investissement direct étranger européen dans le Golfe a augmenté pour atteindre 442 milliards d’euros cette année, selon Olaf J. Giel, porte-parole de la Commission européenne pour le commerce et l’agriculture.

Les données européennes indiquent également que les importations de carburant de l’UE en provenance du CCG ont représenté plus de 75 % des importations totales de l’UE en 2023, triplant depuis 2020 en raison d’un changement radical dans les sources d’approvisionnement pour l’UE à cause de la guerre en Ukraine. Pour ces raisons, les États du Golfe et l’UE tireront profit d’un partenariat plus fort et plus stratégique, s’appuyant sur la relation coopérative de longue date qui les unit, remontant à l’accord de coopération de 1987 qui a établi un cadre de dialogue régulier sur la coopération, en particulier dans les relations économiques. De plus, les ministres des affaires étrangères du CCG et de l’UE ont convenu, lors d’une réunion conjointe à Bruxelles en février 2022, d’un programme de coopération conjointe pour la période de 2022 à 2027, actualisé en octobre 2023.

Ce programme décrit les activités communes dans divers secteurs, notamment le commerce, l’investissement, le changement climatique, la transition verte durable, les initiatives entre les peuples et la lutte contre le terrorisme. En mai 2022, la Commission européenne et le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ont publié une déclaration conjointe intitulée « Partenariat stratégique avec le Golfe », établissant une feuille de route pratique pour que l’UE développe des relations plus étroites avec les pays du CCG. Ce mois-là, Luigi Di Maio a été nommé premier représentant spécial de l’UE pour la région du Golfe afin d’établir un partenariat plus fort, plus complet et stratégique entre l’UE et les États du Golfe.

Malgré les négociations bloquées sur un accord de libre-échange entre les pays du CCG et l’UE, qui ont commencé en 1990, les pays européens ont reconnu cette erreur de retard dans leur coopération mutuelle, qui a coûté aux deux parties de nombreuses opportunités. Depuis, ils ont relancé les discussions sur un accord de libre-échange avec le CCG en 2017, suivies de l’annonce du partenariat stratégique en mai 2022, qui a redéfini les fondements des relations Golfe-Europe pour s’étendre au-delà du développement des relations économiques à l’établissement de fondements plus profonds pour un partenariat équitable dans des domaines vitaux tels que l’investissement, le changement climatique, la santé internationale, la sécurité énergétique, la transition vers les énergies renouvelables, le soutien au développement, l’aide humanitaire, la paix, la stabilité et la réduction des conflits au Moyen-Orient.

Résultats du sommet et leurs implications :

Les discussions constructives qui ont eu lieu lors du premier sommet Golfe-Europe à Bruxelles, auquel ont assisté 33 chefs d’État et de gouvernement, comme le reflète la déclaration finale, ont montré une volonté politique claire des deux parties de développer leur coopération et leur partenariat. Elles indiquent également un large accord sur les évolutions régionales et mondiales, comme suit :

Accord sur l’importance de renforcer la sécurité régionale et de mettre fin aux conflits en cours : Concernant la guerre à Gaza, la déclaration finale a appelé à la pleine mise en œuvre de la Résolution 2735 du Conseil de sécurité des Nations unies, incluant un cessez-le-feu immédiat et complet, la libération des otages, et l’échange de prisonniers palestiniens, ainsi qu’un accès immédiat et sans entrave à l’aide humanitaire pour la population civile. Les deux parties ont exprimé leur soutien aux efforts de médiation menés par le Qatar, l’Égypte et les États-Unis à cet égard.

Elles ont salué la formation de la Coalition mondiale pour la mise en œuvre de la solution à deux États, annoncée par l’Arabie saoudite, l’UE et la Norvège le 26 septembre 2024, à New York. Sur le conflit libanais, la déclaration finale a appelé à un cessez-le-feu immédiat et à l’intensification des efforts internationaux et régionaux pour fournir une aide humanitaire urgente au Liban. Elles ont également exhorté à la retenue, à la désescalade et à la prévention de l’expansion du conflit à la région plus large, en soulignant la nécessité de mettre en œuvre la Résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU. Concernant la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la déclaration a souligné la nécessité d’atteindre une paix globale, juste et durable en Ukraine le plus tôt possible, conformément aux principes de la Charte de l’ONU, exigeant le retrait immédiat et inconditionnel de toutes les forces militaires russes du territoire ukrainien.

Renforcement de la coordination et de la coopération en matière de sécurité : La déclaration finale du sommet Golfe-Europe a souligné la nécessité de renforcer la coopération en matière de sécurité pour faire face aux crises communes et désamorcer les tensions dans les deux régions. Elle a salué le lancement d’un dialogue régional en matière de sécurité entre les deux parties en janvier 2024, ainsi que les progrès réalisés dans le développement d’approches communes face aux défis de sécurité globaux et régionaux, et dans l’approfondissement de la coopération en matière de sécurité, y compris la lutte contre le terrorisme, les questions cybernétiques, la sécurité maritime, la préparation aux catastrophes et la gestion des urgences, ainsi que les efforts de consolidation de la paix tels que la médiation et la négociation.

Extension du partenariat stratégique : La déclaration finale a réaffirmé que le partenariat stratégique entre les deux parties vise à être le principal moteur de l’avancement de leurs objectifs communs en tant que partenaires proches. Il repose sur un système international basé sur des règles qui respecte pleinement le droit international, y compris la Charte de l’ONU et le droit humanitaire, tout en promouvant et en protégeant les droits humains universels. La nécessité de soutenir le multilatéralisme et l’importance du développement durable et de la prospérité ont également été soulignées. Les deux parties se sont accordées à continuer d’améliorer les cadres bilatéraux, régionaux et multilatéraux visant à développer leurs relations sur tous les fronts et se sont engagées à maintenir un dialogue régulier à travers des sommets biennaux, le prochain sommet étant prévu en Arabie saoudite en 2026, et la 29e réunion conjointe du Conseil des ministres au Koweït en 2025.

Augmentation de la coopération économique : Le CCG et l’UE ont réaffirmé leur engagement à développer une relation commerciale et d’investissement florissante et équilibrée qui profite aux deux parties grâce à des cadres multilatéraux, régionaux et bilatéraux pour accroître le commerce, les investissements et la coopération économique. La déclaration finale du sommet a souligné l’importance de construire des économies plus résilientes et durables en réponse aux perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et au développement de la coopération pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement énergétique, y compris les technologies propres. Dans le domaine de l’investissement et du commerce, les deux parties ont convenu d’organiser des événements économiques conjoints, notamment le Forum économique Golfe-Europe prévu au Qatar en novembre 2024, ainsi que de renforcer la coopération pour soutenir l’investissement et le commerce dans les technologies et composants propres et à faibles émissions, tout en s’efforçant de diversifier et sécuriser les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Dans l’ensemble, les évolutions positives des relations Golfe-Europe ces dernières années, ainsi que les résultats de la déclaration finale du premier sommet historique entre les deux parties à Bruxelles, reflètent la volonté et la préparation politique des deux parties de développer leurs relations mutuelles et de les propulser vers des horizons plus larges à l’avenir, ce qui aura nécessairement un impact positif non seulement sur les deux parties mais aussi sur les enjeux régionaux et internationaux dans leur ensemble.

Mohamed SAKHRI

Je suis Mohamed Sakhri, fondateur de World Policy Hub. Je suis titulaire d’une licence en science politique et relations internationales, ainsi que d’un master en études de sécurité internationale. Mon parcours académique m’a offert une solide base en théorie politique, affaires mondiales et études stratégiques, me permettant d’analyser les défis complexes auxquels sont confrontés aujourd’hui les États et les institutions politiques.

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