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La France comme modèle: le rôle futur des armées nationales dans la réponse aux catastrophes climatiques

Alors que les risques de catastrophes naturelles telles que les ouragans, les inondations, les sécheresses, les incendies de forêt et autres augmentent en raison de l’intensification des effets du changement climatique dans le monde entier, des questions se posent sur les rôles et les responsabilités futures des armées nationales dans la réponse à de telles catastrophes, tant dans leur propre pays qu’à l’étranger. Ces questions sont devenues plus pressantes à la lumière des interconnexions stratégiques entre les réponses internationales aux catastrophes climatiques et la concurrence géopolitique entre les grandes puissances du système mondial.

Dans ce contexte, le rôle des forces armées françaises est particulièrement important. Ils mènent régulièrement des opérations de secours ou des activités d’intervention en cas de catastrophe (ISU) pour soutenir les forces de protection civile du pays. De plus, ils peuvent exécuter ces opérations à l’échelle internationale (IESU) à la demande d’un pays confronté à des catastrophes, soit par le biais d’une aide bilatérale, soit par le biais de mécanismes multilatéraux tels que le mécanisme de protection civile de l’Union européenne (MEPC) ou le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies.

Un rapport publié par l’Observatoire français de la Défense et du Climat en mai 2024 revient sur l’évolution de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles liées au climat, ainsi que sur le rôle des forces armées françaises dans la réponse à ces catastrophes au cours de la dernière décennie. Il examine ensuite la relation entre le changement climatique et les opérations de réponse internationales dans une perspective mondiale, en présentant des scénarios potentiels et quelques recommandations pour le ministère français de la Défense.

L’évolution des catastrophes climatiques :

Le changement climatique est susceptible d’entraîner une série de catastrophes naturelles, telles que des inondations, des tempêtes, des incendies de forêt et des sécheresses, qui pourraient entraîner des pertes humaines et économiques importantes et des dommages aux infrastructures, en particulier dans les zones fortement urbanisées soumises à une forte pression démographique. Selon le Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes (CRED), les inondations ont représenté 41 % des 399 catastrophes naturelles enregistrées dans le monde en 2023, ce qui en fait le type de catastrophe naturelle le plus courant, suivi des ouragans à 34 %, puis des tremblements de terre, des incendies de forêt, des sécheresses et de l’activité volcanique.

L’indice de risque INFORM, qui évalue la vulnérabilité des populations aux catastrophes climatiques, indique que l’Asie était le continent le plus sujet aux inondations en 2023, avec 11 des 15 pays les plus touchés se trouvant en Asie, dont le Pakistan, la Chine, l’Inde et la Russie. L’Asie de l’Est abrite également les pays les plus exposés aux cyclones tropicaux, tels que le Japon, la Corée du Sud, la Chine, l’Inde et les îles des Caraïbes. Selon l’indice, les quatre pays les plus vulnérables à la sécheresse dans le monde sont situés en Afrique (Somalie, Namibie, Zimbabwe et Afrique du Sud). Ainsi, l’Asie, l’Afrique et les Caraïbes sont les régions les plus touchées par les catastrophes naturelles liées au climat les plus courantes à l’échelle mondiale.

En France, la répartition des risques naturels en 2023 montre que les inondations, fortement exacerbées par le changement climatique, représentaient environ 56 % de ces risques. Les deuxième et troisième risques les plus courants étaient les glissements de terrain et le rétrécissement des sols argileux. Enfin, les phénomènes météorologiques, en particulier les incendies de forêt provoqués par les chaleurs extrêmes, les sécheresses et les tempêtes, représentent le quatrième risque naturel, affectant particulièrement le sud de la France. Plus de 219 000 hectares de forêts ont brûlé en France entre 2008 et 2023.

L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes climatiques n’a pas été accompagnée d’une augmentation parallèle de l’implication des forces armées françaises dans les opérations de réponse aux catastrophes liées au climat. D’autres facteurs sont pris en compte, notamment l’augmentation des ressources de la protection civile, qui peuvent aider à absorber les pressions climatiques croissantes. Les opérations militaires françaises d’intervention en cas de catastrophe n’ont pas donné lieu à l’allocation de moyens militaires supplémentaires aux côtés des forces de la protection civile : les unités de formation militaire de la protection civile (ForMiSC), qui sont des unités de l’armée composées de trois unités de formation et d’intervention de la protection civile (UIISC), et la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP).

L’Observatoire de la Défense et du Climat a réalisé un recensement des réponses menées par les unités françaises du ForMiSC sur le sol français entre 2014 et 2023. Selon ces données, 48 interventions ont été menées par ces unités, avec environ 2 599 membres du personnel de ForMiSC impliqués dans les réponses aux catastrophes liées au climat. Les incendies de forêt représentaient 38 % de ces catastrophes, les inondations 33 % et les tempêtes et ouragans 29 %.

Interventions internationales en cas de catastrophe :

Pour cartographier l’écosystème international des réponses externes aux catastrophes climatiques, l’Observatoire de la défense et du climat a identifié des opérations menées par la France et plusieurs autres pays leaders dans ce domaine, dont les États-Unis, la Chine et l’Inde.

1) France : La réponse aux catastrophes climatiques ne semble pas être un domaine d’effort spécifique pour la plupart des pays européens, en particulier lorsqu’il s’agit d’interventions en dehors de l’Union européenne. Par exemple, entre 2010 et 2023, l’Espagne n’a mené que quatre opérations de secours et la Grèce cinq réponses. En revanche, la France s’est engagée dans au moins 28 réponses externes aux catastrophes climatiques entre 2010 et 2023. Il s’agissait principalement de trois types de catastrophes, les ouragans et les tempêtes étant les plus importants, en particulier dans les Caraïbes, en Amérique centrale, en Afrique du Sud et dans l’océan Pacifique. La France est également intervenue contre les incendies de forêt en Europe (Grèce et Suède) et en Amérique du Sud, ainsi que dans les interventions contre les fortes pluies et les inondations, en particulier en Europe (Belgique, Allemagne et Italie). En Afrique, la France s’est principalement concentrée sur la réponse aux ouragans, notamment au Mozambique en 2019 et à Madagascar en 2022, avec une intervention ponctuelle pour les inondations au Tchad en 2022.

2) États-Unis : Les États-Unis dominent largement l’écosystème international en matière de réponse aux catastrophes climatiques. Selon le recensement de l’Observatoire de la défense et du climat, les États-Unis ont eu deux fois plus de réponses climatiques externes que l’Australie, la Chine et l’Inde entre 2010 et 2023. Les États-Unis font également preuve d’un large éventail de capacités pour répondre à diverses catastrophes climatiques, notamment les ouragans, les fortes pluies, les inondations, les températures extrêmes et les incendies de forêt. Au cours de la période d’étude, l’Observatoire de la défense et du climat a enregistré 12 réponses américaines aux catastrophes naturelles causées par le changement climatique. Les États-Unis disposent d’importantes ressources humaines et militaires dans la région indo-pacifique, ce qui leur permet de se mobiliser et de répondre aux catastrophes. Entre 2010 et 2023, les États-Unis sont fréquemment intervenus aux Philippines et, dans une moindre mesure, au Pakistan, en Thaïlande, au Japon et en Corée du Sud, principalement en réponse à des ouragans et des inondations.

3) Chine : Comme les États-Unis, la Chine présente un large éventail de réponses externes aux catastrophes climatiques (environ 14 réponses), intervenant après des ouragans, de fortes pluies, des inondations et des sécheresses. Notamment, la Chine, comme l’Inde, réagit régulièrement aux sécheresses, tandis que les États-Unis intensifient leurs réponses aux incendies de forêt – un type de catastrophe dans lequel la Chine a peu investi. La Chine opère également dans de vastes zones géographiques, telles que les Caraïbes. Au cours de la période d’étude de l’Observatoire français de la défense et du climat, la Chine a également mené deux réponses en Afrique : en République démocratique du Congo en 2019 et lors de la crise d’Ebola en Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016. Cependant, c’est dans la région indo-pacifique que la Chine a accru sa présence et ses contributions à l’aide humanitaire, car elle revêt une importance stratégique pour la Chine. Entre 2010 et 2023, Pékin a mené 11 opérations de secours dans la région, où la Chine se trouve en concurrence directe avec les États-Unis pour s’imposer comme une puissance de sécurité régionale.

4) Inde : L’Inde, qui a longtemps été un bénéficiaire plutôt qu’un répondant de l’aide, s’est positionnée comme une puissance émergente dans les réponses externes aux catastrophes climatiques au cours de la dernière décennie. Au cours de la période d’étude de l’Observatoire de la défense et du climat, il y a eu 16 réponses externes aux catastrophes liées au climat, principalement des ouragans et des tempêtes, de fortes pluies et des inondations, et des sécheresses, ce qui le rend moins diversifié par rapport aux États-Unis ou même à la Chine.

Ces réponses indiennes semblent concentrées dans la région géographique voisine, suivant la politique du « voisinage d’abord » qu’elle poursuit en Asie du Sud. Cependant, les ambitions de l’Inde vont au-delà. Il y a eu trois réponses externes à Madagascar (2018, 2020, 2021) et une au Mozambique en 2019, indiquant une volonté d’élargir les zones d’intervention. Cela ne concerne pas seulement les réponses externes dans le contexte des catastrophes climatiques, mais aussi des catastrophes naturelles non climatiques. Par exemple, l’Inde a participé à l’aide humanitaire en Turquie et en Syrie après le tremblement de terre de février 2023.

Scénarios Français possibles :

Le rapport de l’Observatoire Français de la Défense et du Climat présente trois grands scénarios d’avenir concernant les catastrophes climatiques et le rôle français, notamment à l’international :

1) Premier scénario : Perte d’influence française en Méditerranée d’ici 2046 : La région méditerranéenne devrait connaître une augmentation extrême des températures, avec des températures maximales atteignant 55°C. La réduction des précipitations entraînera une sécheresse des terres et une forte baisse du niveau des eaux souterraines, ce qui détériorera la sécurité hydrique et alimentaire dans la région. L’armée chinoise, bénéficiant de sa présence à Djibouti, pourrait démontrer sa supériorité militaire, opérationnelle et technologique, renforçant potentiellement l’influence de la Chine dans la région grâce aux progrès de la cybersécurité, de la surveillance et des systèmes de renseignement, lui permettant de recueillir des informations sur les technologies militaires françaises, les sites stratégiques et les infrastructures dans la région.

2) Deuxième scénario : Crise humanitaire dans le Pacifique Sud d’ici 2050 : Le Pacifique Sud connaîtra une augmentation des températures moyennes régionales de 2,6 °C, le niveau de la mer augmentant de 33 cm par rapport aux niveaux de 2024. Les 118 îles polynésiennes, couvrant une superficie de 2,5 millions de kilomètres carrés, seront progressivement submergées, notamment sur l’île de Tahiti. En avril 2050, un cyclone pourrait se former à l’ouest des îles polynésiennes, provoquant des vagues de huit mètres de haut. Il se déplacerait vers le sud, entre les îles Gambier et les îles Australes, qui sont entièrement dépourvues de ressources de secours pour la population. De fortes pluies détruiraient les cultures, les réserves de nourriture et les maisons.

Dans ce contexte, les services de l’État pourraient s’effondrer rapidement, obligeant les îles Australes et Gambier à attendre l’aide française urbaine. Mais c’est l’Inde, aux côtés du Japon, qui apportera l’aide la plus importante. En conséquence, les forces armées françaises pourraient se retrouver avec un déséquilibre capacitaire, affectant la légitimité politique de la France non seulement dans les domaines suivants :

la région, mais à l’échelle mondiale.

3) Scénario 3 : Aggravation des tensions climatiques mondiales en 2070 : Ce scénario combine deux tendances majeures. Tout d’abord, la demande mondiale d’énergie continuera d’augmenter, ce qui entraînera une augmentation de plus de 30 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre. Deuxièmement, une augmentation de 1,8 °C des températures moyennes mondiales se produira d’ici 2070. Les événements climatiques extrêmes deviendront plus fréquents et plus graves, provoquant d’importants déplacements et migrations. Les régions les plus touchées seront celles qui sont déjà confrontées à de graves défis économiques et sociaux, comme l’Afrique, l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient.

Les conclusions du rapport soulignent que si la souveraineté nationale française sera mise à l’épreuve par l’aggravation des impacts du changement climatique, elle sera également mise à l’épreuve par une concurrence géopolitique de plus en plus intense entre les grandes puissances. Par conséquent, il est crucial d’examiner les rôles et les responsabilités des armées nationales dans la réponse aux catastrophes climatiques et d’anticiper leur implication dans les scénarios futurs.

Référence

Marine de Guglielmo Weber, ET autres, « Interventions de secours d’urgence en réponse aux catastrophes climatiques : quel rôle et quels enjeux pour les forces armées françaises ? », L’Observatoire Défense et Climat, Mai 2024.

Mohamed SAKHRI

Je suis Mohamed Sakhri, fondateur de World Policy Hub. Je suis titulaire d’une licence en science politique et relations internationales, ainsi que d’un master en études de sécurité internationale. Mon parcours académique m’a offert une solide base en théorie politique, affaires mondiales et études stratégiques, me permettant d’analyser les défis complexes auxquels sont confrontés aujourd’hui les États et les institutions politiques.

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