
La crise syrienne est l’une des plus complexes au monde en raison de la diversité des acteurs impliqués — locaux, régionaux, et internationaux — et des intérêts divergents qui s’y entrecroisent. Douze ans après son début en 2011, aucun signe d’apaisement ne se profile, et le conflit reste intense. La situation en Syrie se complexifie chaque jour davantage, et la crise humanitaire s’aggrave, plongeant la population syrienne sous le poids des destructions, de l’exode et de la violence.
La persistance du conflit syrien s’explique par plusieurs facteurs. Il s’agit d’un mélange de guerre civile, de conflits régionaux et internationaux, de guerre par procuration, et de tensions sectaires. Le conflit, déclenché par des manifestations populaires influencées par le « Printemps arabe » de 2011, a été exacerbé par la répression violente du régime Assad, ce qui a mené à une guerre civile féroce alimentée par des puissances extérieures au gré de leurs intérêts.
Cette étude cherche à comprendre les origines du conflit syrien, en examinant le rôle des acteurs locaux et extérieurs, les mécanismes de gestion du conflit, et le rôle des institutions internationales. Elle commence par retracer les racines historiques de cette crise et présente des recommandations pour contribuer à une résolution.
Problématique de recherche :
La crise syrienne est d’une complexité exceptionnelle en raison de la diversité des acteurs et de leurs objectifs. L’attachement des parties à leurs propres intérêts et le manque de concessions empêchent toute résolution. Ce contexte soulève une question centrale : quels sont les principaux mécanismes utilisés par les acteurs régionaux et internationaux pour gérer le conflit en Syrie, et quelle est leur efficacité ? Cela entraîne plusieurs sous-questions :
- Quelles sont les origines de la crise syrienne ?
- Quelles sont les causes du conflit en Syrie ?
- Qui sont les acteurs impliqués directement et indirectement ?
- Quelles sont les étapes clés du conflit ?
- Quels mécanismes de gestion du conflit sont utilisés par les acteurs locaux, régionaux, et internationaux ?
- Quel est le rôle des institutions internationales et la position du droit international vis-à-vis du conflit ?
Objectif de l’étude :
Cette étude vise à répondre à ces questions en explorant les origines historiques de la crise, les acteurs impliqués, les mécanismes de gestion du conflit, et le rôle des institutions internationales. Elle propose également des recommandations et conclusions qui, espérons-le, pourraient guider les décideurs vers une résolution ou un apaisement de la crise.
Importance de l’étude :
L’étude de la crise syrienne revêt une importance capitale pour la sécurité et la stabilité de la région arabe. Elle combine deux aspects :
- Scientifique : Cette étude fournit une analyse approfondie de la crise, en examinant les stratégies et mécanismes de gestion des crises internationales, contribuant ainsi à l’enrichissement du champ des relations internationales.
- Pratique : En analysant les causes et dynamiques du conflit, cette étude pourrait offrir des perspectives aux décideurs pour orienter leurs politiques dans l’espoir de parvenir à une résolution.
Hypothèse de l’étude :
L’hypothèse de l’étude est que la crise syrienne résulte de l’interaction de facteurs internes et externes. Cette complexité, combinée au manque de sentiment national et à la dépendance de certains acteurs locaux à des forces extérieures, pourrait entraîner la division du pays et perpétuer le statu quo.
Méthodologie de l’étude :
L’étude adopte une approche inductive, complétée par :
- L’approche historique : pour comprendre les origines du conflit.
- L’approche juridique : pour étudier le cadre légal et ses violations.
- L’approche systémique : pour analyser les facteurs d’escalade, les décisions des acteurs, et leurs conséquences.
- L’approche de prise de décision : pour comprendre les décisions des leaders des différentes parties au conflit.
Limites de l’étude :
- Domaine de connaissance : l’étude s’inscrit dans le champ des relations internationales et la gestion des conflits internationaux.
- Période : de 2011, début des manifestations, à août 2022, date du Sommet de Sotchi.
- Étendue géographique : principalement centrée sur la Syrie, avec un regard sur les régions et pays voisins affectés.
Les causes et motivations de la crise syrienne
Les racines historiques de la crise syrienne
La Syrie actuelle est marquée par la diversité de ses groupes ethniques et religieux, un facteur qui influence non seulement la culture, mais également le potentiel de tensions et de violences. La Syrie a également traversé des périodes coloniales et des changements de gouvernance qui ont façonné l’État avant la crise actuelle. Pour mieux comprendre ces racines historiques, nous examinerons le contexte historique de la Syrie, en abordant des étapes clés telles que le mandat français, l’ascension de Hafez al-Assad et de Bachar al-Assad, ainsi que les divisions religieuses et ethniques en Syrie.
Contexte historique de la Syrie
Depuis des millénaires, la Syrie a accueilli diverses populations et cultures. L’un des premiers groupes à dominer la région, dès 3500 av. J.-C., furent les Samaritains de Mésopotamie. Au fil des siècles, la Syrie a été sous l’influence des Babyloniens, des Égyptiens, des Hittites, des Grecs avec Alexandre le Grand, des Romains, des Byzantins, puis des musulmans durant le califat.
En 1516, l’Empire ottoman annexe la Syrie, permettant à Damas de devenir une étape essentielle pour les pèlerins en route vers La Mecque. Bien que les différentes communautés vivaient en paix relative, cette harmonie fut ébranlée au XIXe siècle avec l’expansion des puissances occidentales.
Au début du XXe siècle, l’Empire ottoman se retrouve sous l’influence britannique et française. Durant la Première Guerre mondiale, l’accord secret Sykes-Picot divise l’Empire en zones d’influence. La Syrie est placée sous mandat français jusqu’en 1946, date de son indépendance.
En 1963, Hafez al-Assad prend le pouvoir par un coup d’État militaire. Dès lors, la Syrie est soumise à la loi d’urgence qui suspend la constitution et les droits civils. Hafez dirige le pays jusqu’à sa mort en 2000, puis son fils, Bachar al-Assad, lui succède dans une élection non contestée.
La période du mandat français
Le traité de Versailles de 1919 officialise l’accord Sykes-Picot et confie à la France le mandat de la Syrie. La création de frontières artificielles, en mêlant différentes communautés ethniques et religieuses, pose les bases de tensions dans la région. Ce processus de partition a laissé une empreinte durable sur les populations locales, influençant les conflits actuels en Syrie.
L’ascension de Hafez al-Assad
Hafez al-Assad, issu de la minorité alaouite, prend le pouvoir en 1970. Son régime autoritaire s’appuie sur des réseaux clientélistes pour maintenir sa mainmise sur le pays. En 1982, il ordonne une répression sanglante contre les Frères musulmans dans la ville de Hama, un événement qui marquera les mémoires. À sa mort, son fils Bachar lui succède mais manque de l’influence de son père pour maintenir une autorité solide. Avec l’arrivée du Printemps arabe, la contestation gagne du terrain en Syrie.
Les divisions religieuses et ethniques
La Syrie, pays diversifié, comptait environ 22 millions d’habitants avant le conflit, avec des Arabes majoritairement sunnites, mais aussi des Kurdes, des Arméniens, et des Turkmènes. Les musulmans sunnites représentent 75 % de la population, tandis que les chiites, druzes et autres minorités religieuses composent le reste. Ces différences culturelles, renforcées par l’influence historique de diverses invasions et conflits, contribuent aux tensions actuelles.
Cette diversité historique et ethnique, combinée aux rivalités entre les puissances sunnites (comme l’Arabie saoudite et la Turquie) et chiites (dirigées par l’Iran), explique en partie les complexités de la crise syrienne.
Les acteurs locaux et leur rôle dans la crise
La crise syrienne a permis la polarisation et l’armement de groupes locaux, divisés par des affiliations ethniques et sectaires. Ces factions, renforcées par un soutien militaire de pays voisins, transforment la Syrie en un champ de bataille impliquant de multiples acteurs locaux, régionaux et internationaux. Dans cette section, nous analyserons les forces locales et leur rôle dans l’aggravation de la crise.
Forces locales affectant la crise syrienne :
Armée Syrienne Libre (ASL) :
L’Armée Syrienne Libre a été formée en Turquie le 29 juillet 2011 sous la direction de Riad al-Asaad. Plusieurs officiers militaires ont fait défection des forces armées pour rejoindre l’ASL, en réponse à la montée de la violence du régime contre la population syrienne. L’ASL vise la création d’un État syrien indépendant, à l’identité arabe modérée, fondé sur la justice et le respect des droits humains et des minorités, sans affiliation politique ou idéologique spécifique. Elle prône une coopération responsable avec la communauté internationale et respecte les principes du droit humanitaire.
Cependant, l’ASL a rencontré des difficultés à promouvoir ses idées comparé aux courants islamiques, en raison de l’absence d’outils de communication avec la population et du manque de figures charismatiques pour mobiliser le peuple et proposer une vision politique claire. Composée de plusieurs brigades réparties sur environ 11 % du territoire syrien, l’ASL s’est ensuite réorganisée en conseils militaires dans les gouvernorats de Damas, Homs, Hama, Idlib, et Deir ez-Zor. Elle est financée par des pays comme le Qatar et l’Arabie saoudite.
Front Al-Nosra pour le peuple du Levant :
Le Front Al-Nosra, un groupe djihadiste armé dirigé par Abou Mohammed al-Julani, est apparu en Syrie fin 2011. Il a d’abord rassemblé une large base populaire, mais a rapidement perdu du soutien en raison de son affiliation à al-Qaïda.
Le Front a mené des opérations contre le régime syrien, dont le bombardement du bâtiment de l’état-major à Damas en octobre 2012. En 2013, Al-Julani a déclaré allégeance à al-Qaïda, se distanciant de l’État Islamique en Irak et au Levant (EIIL), dirigé par Abou Bakr al-Baghdadi. Par la suite, le Front Al-Nosra a perdu du terrain face aux partisans de l’EIIL, particulièrement dans les zones comme Raqqa et Alep, où l’EIIL a imposé son contrôle et contraint les habitants à lui prêter allégeance.
État Islamique (EI) :
L’État Islamique en Irak et au Levant a été officiellement fondé en 2013, lorsque Abou Bakr al-Baghdadi a annoncé l’unification avec le Front Al-Nosra. Cette fusion a été rejetée par Ayman al-Zawahiri, le chef d’al-Qaïda, entraînant une scission avec de nombreux membres du Front Al-Nosra qui ont rejoint l’EI. L’EI a ensuite mené de nombreuses batailles en Syrie, imposant son contrôle sur environ 95 000 km² du territoire syrien. En réponse à ses activités militaires et à sa classification comme organisation terroriste, une coalition internationale a été formée pour lutter contre l’EI en Syrie.
Armée de l’Islam :
L’Armée de l’Islam a été fondée en septembre 2011 dans la Ghouta orientale de Damas par Zahran Alloush. Initialement composée d’une petite équipe armée, elle s’est rapidement étendue pour inclure des milliers de combattants répartis dans la Ghouta orientale et le Qalamoun. Elle s’est ensuite structurée en une grande organisation militaire d’opposition, le Front Islamique, où Alloush a été commandant militaire général. L’Armée de l’Islam comprenait un conseil de commandement et 64 bataillons répartis dans diverses régions de Syrie. Cependant, le 15 juillet 2017, elle a annoncé sa dissolution, répartissant ses combattants parmi d’autres factions d’opposition.
Partis d’opposition kurdes :
Les partis kurdes ont commencé à s’organiser en deux coalitions principales. La première, le Conseil général de l’Alliance kurde, regroupe notamment le Parti démocratique progressiste kurde et le Parti de l’unité démocratique kurde, allié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dirigé par Abdullah Öcalan. Cette coalition a accru son influence dans le nord-est de la Syrie. La seconde coalition, le Conseil politique kurde, rassemble neuf partis.
Le régime syrien a tenté d’attirer l’opposition kurde de son côté, de la neutraliser et de la détourner du mouvement de protestation. Cette stratégie s’explique en partie par l’importance de l’arène politique kurde, très active, ainsi que par les liens de certains partis kurdes avec la région autonome du Kurdistan irakien, offrant ainsi au régime une profondeur stratégique et une carte de pression contre la Turquie pour atteindre ses objectifs.
Les forces d’Assad :
Au début du soulèvement syrien, le gouvernement disposait de l’une des armées les plus puissantes du Moyen-Orient, avec plus de 300 000 soldats. Bien qu’une vague de défections ait eu lieu au début de l’insurrection armée, les forces d’Assad ont conservé une puissance de feu importante et un effectif conséquent. Elles contrôlent toujours Damas, ainsi que toutes les capitales provinciales et principales bases militaires.
Si le régime d’Assad venait à chuter, cela représenterait un revers stratégique pour l’Iran, qui perdrait un allié crucial dans la région. Les dirigeants iraniens craignent également que la chute d’Assad ne stimule un mouvement de renversement interne contre la République islamique. La disparition du régime syrien serait aussi un coup dur pour le Hezbollah, autre allié de l’Iran, et affaiblirait l’influence de l’Iran dans la région.
Quant à la Russie, elle reste un allié indéfectible d’Assad, bien que ses motivations soient plus complexes. La Syrie est non seulement un client majeur pour l’armement russe, mais elle abrite également la seule base navale de la Russie dans des eaux chaudes. Bien que modeste sur le plan stratégique, cette base sert les ambitions de puissance de la Russie.
Opposée par principe aux interventions militaires occidentales, la Russie a également protégé Assad en bloquant les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le régime pour les massacres de civils et l’usage d’armes chimiques. En outre, Moscou a fourni des équipements militaires à l’armée syrienne, tels que des hélicoptères, des systèmes de défense aérienne et du carburant, tout en envoyant des conseillers pour former les officiers syriens à l’utilisation de ces armes.
Les forces extérieures et leur relation avec la crise syrienne
Après le début de la révolution syrienne en 2011, le pays a plongé dans une crise qui, bien qu’initialement interne, s’est progressivement transformée en un conflit aux dimensions régionales et internationales, dans la lignée des soulèvements du Printemps arabe ayant touché plusieurs pays de la région. La Syrie, en raison de sa position stratégique dans les équilibres régionaux, est devenue un champ de confrontation pour des volontés régionales et internationales, dominé par des calculs géopolitiques. Cette situation a rendu la recherche d’une solution à ce conflit, qui approche désormais de sa onzième année, extrêmement complexe et difficile à imaginer.
De nombreuses puissances extérieures et parties prenantes ont progressivement pris part au conflit, motivées par les tentatives des différents acteurs internes – le régime syrien et l’opposition – de chercher des alliances extérieures pour faire pencher l’issue en leur faveur.
La guerre s’est ainsi transformée en un conflit par procuration, ce qui a considérablement prolongé sa durée. Par conséquent, l’intervention des forces étrangères a pris diverses formes, qu’il s’agisse de soutiens directs ou indirects pour des objectifs variés : tenter de mettre fin au conflit pour certains, ou, pour d’autres, œuvrer à son prolongement. Tandis que certaines puissances soutiennent le régime en place, d’autres cherchent activement à le renverser.
La complexité du conflit s’est accentuée avec l’implication de nombreux acteurs : plusieurs capitales européennes comme la France, le Royaume-Uni, ainsi que l’Union européenne, la Turquie et les États du Golfe, tous favorables au changement et opposés au régime d’Assad, avec en toile de fond le soutien des États-Unis. À l’opposé, des puissances telles que l’Iran et ses alliés en Irak et au Liban (notamment le Hezbollah) soutiennent le maintien du régime d’Assad, appuyés par la Russie, la Chine, le Brésil, l’Inde et, dans une moindre mesure, l’Afrique du Sud, regroupés dans le bloc des BRICS.
Dans cette section, nous nous concentrons sur les principaux acteurs extérieurs influents dans le contexte syrien. D’une part, des puissances régionales comme l’Iran, la Turquie et Israël sont devenues des acteurs majeurs, tandis qu’au niveau international, la Russie et les États-Unis jouent des rôles centraux. Ces puissances ont principalement adopté une approche de guerre par procuration, en fournissant soutien, armement et appui logistique aux différentes factions internes. Elles sont intervenues directement dans certaines situations. Nous examinerons ici ces interventions et leurs manifestations, tout en prenant en compte les intérêts nationaux des différentes puissances impliquées.
L’Iran, par exemple, est un allié historique du régime syrien depuis la création de la République islamique. Ce pays, animé par une ambition expansionniste, agit parfois au-delà de ses capacités, ce qui a pu générer des crises politiques internes dans plusieurs cas.
La situation en Syrie influence de manière décisive la position régionale de la Turquie ainsi que la forme et l’étendue de sa politique étrangère dans le monde arabe. Cela est notamment lié à la détérioration de ses relations avec l’Égypte et l’Arabie saoudite, due à son soutien aux Frères musulmans au début de la crise syrienne.
Par ailleurs, la dimension sécuritaire de la Syrie revêt une importance particulière pour la Turquie, qui cherche à empêcher toute tentative de création d’un « Kurdistan occidental » dans les régions nord et est de la Syrie, riches en pétrole et affectées par un vide sécuritaire. Ce vide a permis aux courants et partis kurdes de prendre pied dans ces zones en y établissant des structures de sécurité et des institutions politiques kurdes.
Quant à Israël, sa priorité est d’assurer la sécurité de ses frontières avec la Syrie. Cette préoccupation est alimentée par la crainte de l’instabilité si le régime syrien venait à s’effondrer, ce qui pourrait remettre en question l’accord de désengagement signé en 1974 entre le défunt président Hafez al-Assad et Israël, sous les auspices d’Henry Kissinger.
Israël redoute également l’influence croissante de l’Iran et de ses alliés, notamment le Hezbollah, qui préfèrent la prolongation du conflit afin de maintenir une zone sans menace du côté syrien pour Israël, et ce pour de nombreuses années à venir.
Concernant les puissances mondiales, la Russie cherche à préserver son influence stratégique dans la région en raison de l’emplacement géopolitique privilégié de la Syrie. Les États-Unis, pour leur part, poursuivent leur politique de containment envers la Russie, établie depuis la dissolution de l’Union soviétique. La confrontation avec les organisations extrémistes en Syrie constitue également une priorité pour le régime américain. Cependant, pour ces grandes puissances, la situation en Syrie va bien au-delà de ce pays : elle relève de considérations plus vastes et complexes, liées aux conséquences potentielles sur la redistribution des équilibres de pouvoir dans la région.
Dans la suite de cette analyse, chaque acteur et sa position vis-à-vis du conflit syrien seront examinés en détail, depuis le début de la crise jusqu’à l’état actuel de la guerre, en passant par les solutions temporelles envisagées. Cette analyse retracera les évolutions et transformations majeures de chaque position au fil des ans, en abordant d’abord les puissances régionales, puis les puissances mondiales.
Puissances régionales :
Iran : Les relations syro-iraniennes remontent à l’établissement de la République islamique en Iran. Cependant, ces relations n’ont pas toujours été étroites, notamment dans le cadre de la quête iranienne d’hégémonie régionale où la Syrie représente un allié stratégique important. Depuis le régime alaouite baasiste d’Assad, l’Iran a intensifié son soutien militaire, logistique, et sécuritaire pour soutenir le régime syrien face à la révolution. Cette relation est devenue mutuellement bénéfique, chaque partie étant indispensable à l’autre : le régime syrien n’aurait pas survécu sans le soutien iranien, et l’Iran ne pourrait mener à bien son projet régional sans la coopération de la Syrie, qui lui sert d’extension d’influence.
En dépit des démentis officiels iraniens niant toute ingérence dans les affaires syriennes, les observateurs avertis voient clairement l’implication de l’Iran à travers la Force Qods et les Gardiens de la révolution iranienne dans les événements syriens. Avec l’affaiblissement économique et militaire du régime syrien face aux protestations populaires continues, sa dépendance vis-à-vis du soutien iranien est devenue cruciale pour sa survie, amenant l’Iran à considérer la crise syrienne comme une affaire relevant de sa propre sécurité nationale.
En témoigne la déclaration du général Hamedani, selon laquelle Bachar el-Assad « se bat pour l’Iran » en Syrie, et que la guerre en Syrie est aussi cruciale pour l’Iran que celle avec l’Irak. Hamedani a aussi révélé que 130 000 Bassidjis étaient prêts à se battre en Syrie, en plus des forces déjà présentes depuis le début du conflit.
La crise syrienne est également devenue une carte maîtresse pour l’Iran dans ses négociations avec l’Occident concernant son programme nucléaire. Confronté à la menace d’Israël d’attaquer ses installations nucléaires, l’Iran a affirmé être prêt à une réponse dissuasive, y compris en fermant le détroit d’Ormuz, essentiel au transport pétrolier du Golfe.
La stratégie actuelle de l’Iran repose sur une intégration des problématiques régionales, exploitant les interconnexions d’intérêts pour préserver ses avantages en Syrie et limiter ses pertes stratégiques. Économiquement, l’Iran vise à récupérer les investissements consentis malgré les énormes pertes résultant de la guerre. Parmi ces projets, le prolongement de ses gazoducs via la Syrie, le Liban, et la Méditerranée vers plusieurs pays d’Europe occidentale.
Sur le plan politique, l’Iran défend trois principes : d’abord, que toute réconciliation nationale en Syrie doit émaner de l’intérieur ; ensuite, le refus de toute intervention occidentale, notamment américaine ou de l’OTAN, dans le processus de réforme politique ; enfin, l’Iran maintient un alignement stratégique avec la Russie et la Chine pour contrer toute menace contre la Syrie.
L’Iran cherche également à bloquer toute initiative qui pourrait aboutir au départ du régime d’Assad et œuvre activement pour éviter toute entente entre l’opposition syrienne et le régime, laquelle compromettrait le maintien d’Assad au pouvoir.
En définitive, la survie du régime syrien est cruciale pour l’Iran, car sa chute signifierait la fin de l’axe d’influence iranien dans la région. Sur le plan militaire, l’Iran a utilisé des moyens considérables, profitant du manque de coordination entre les soutiens de l’opposition syrienne et de l’inaction des États-Unis en matière d’intervention militaire. L’Iran a ainsi pu exécuter en toute discrétion ses opérations militaires en Syrie pour défendre le régime d’Assad, un allié historique essentiel à ses intérêts stratégiques.
La Turquie est l’un des pays les plus concernés par la question syrienne dans son domaine régional, non seulement en raison de sa longue frontière commune avec la Syrie ou des similitudes et des enchevêtrements ethniques et sectaires, mais aussi à cause de défis partagés comme la question kurde. Surtout, la crise syrienne est devenue un test décisif pour la politique régionale de la Turquie et l’avenir de sa position en Moyen-Orient.
Dès le début de la révolution syrienne, la Turquie a tenté de tirer parti de l’instabilité du régime syrien en soutenant la formation d’un gouvernement d’unité nationale incluant les Frères musulmans, alliés d’Ankara, ce qui aurait renforcé son influence en Syrie. Cependant, cet essai ayant échoué, la Turquie a affiché son hostilité au régime syrien, d’abord en soutenant son opposition politique, puis en apportant un soutien militaire lorsque le conflit s’est intensifié.
Inspirée par la révolution libyenne — malgré son opposition initiale à celle-ci en raison de ses intérêts économiques avec le régime de Kadhafi — la Turquie a rapidement pris parti pour la révolution syrienne, espérant en tirer des avantages dans les domaines économique, politique et géopolitique face au changement qu’elle jugeait inévitable en Syrie.
La Turquie a parié sur une résolution rapide de la crise syrienne, à l’image des changements observés dans les autres pays arabes lors du Printemps arabe. Cependant, la situation syrienne s’est révélée bien plus complexe et dynamique, ne correspondant pas à la vision turque initiale. Forte de son pari sur l’ascension de l’islam politique, la Turquie est devenue un incubateur pour les mouvements islamistes de la région, misant sur leur accession au pouvoir comme dans plusieurs pays voisins après les révolutions.
Cette approche a renforcé son influence non seulement en Syrie mais dans l’ensemble de la région. Elle a également soutenu l’opposition syrienne dans toute sa diversité, en autorisant notamment l’ouverture du premier bureau officiel du Conseil national syrien à Istanbul le 27 décembre 2011.
Pour Ankara, la révolution syrienne représentait une occasion inédite de rééquilibrer les forces régionales en renversant le régime pro-iranien en Syrie et en le remplaçant par un allié stratégique, plus proche de ses orientations politiques régionales.
Cependant, cette prise de position a exposé la Turquie à des tensions croissantes avec plusieurs pays voisins, notamment la Syrie, l’Irak et l’Iran, et a également engendré des répercussions négatives pour sa propre sécurité. Face à ces défis, Ankara a dû réajuster ses positions et modérer ses discours pour atténuer les tensions avec certains acteurs régionaux affectés par la crise syrienne et ses nombreuses évolutions.
Des facteurs incitant au changement de politique sont apparus à mesure que la situation en Syrie évoluait de manière imprévue. Les espoirs initiaux de la Turquie de voir un régime sunnite proche de ses orientations s’établir en Syrie, en tant que partenaire stratégique, et de marginaliser ainsi l’influence iranienne dans la région, ont été contrecarrés par le tournant imprévu de la crise syrienne. Les inquiétudes croissantes ont forcé la Turquie à ajuster sa politique en Syrie en fonction des nouveaux développements, tant en Syrie qu’au sein de ses propres frontières.
À l’échelle nationale turque, la Turquie a souffert de tensions ethniques et sectaires liées à l’aggravation de la crise syrienne. En raison de la politique gouvernementale envers Damas, considérée comme sectaire, des citoyens turcs alaouites ont intensifié leurs manifestations contre le gouvernement. Depuis les événements de la place Taksim à la fin du mois de mai, la majorité des victimes lors de manifestations étaient des citoyens alaouites. Cela a renforcé le soutien au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui a élargi son influence et intensifié ses actions contre les forces turques.
Par ailleurs, des divisions politiques se sont manifestées, notamment par l’opposition de figures importantes du parti d’Erdogan à sa politique étrangère régionale, entraînant une détérioration des relations avec plusieurs pays voisins, et particulièrement après que la Turquie est passée de médiateur à partie prenante dans le conflit syrien, provoquant des sensibilités nationalistes arabes envers la présence turque en Syrie.
Au niveau régional, des changements interconnectés ont modifié l’équilibre. La politique américaine vis-à-vis de l’Iran s’est transformée, limitant le rôle turc, autrefois allié de Washington dans le cadre du siège de Téhéran. Simultanément, la Russie a renforcé sa présence dans la région, tandis que les relations entre la Turquie et les pays du Golfe se sont tendues après les événements du 30 juin en Égypte, où la Turquie a pris une position perçue comme hostile vis-à-vis des institutions égyptiennes.
Face à ces évolutions imprévues, la Turquie a modéré sa position sur le régime syrien et a adopté une politique plus conservatrice, en limitant son soutien à l’opposition syrienne. Elle a également renoué avec l’Égypte, les pays du Golfe, et même avec l’Iran, dans une tentative d’apaiser les conflits par « procuration » en Syrie. Ce changement a été illustré par le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu, lors d’une rencontre avec son homologue iranien Mohammad Javad Zarif.
Davutoğlu a déclaré que les deux pays s’efforceraient d’éviter la dimension sectaire du conflit syrien. Dans ce cadre, la Turquie cherche aujourd’hui à redéfinir sa politique étrangère en tentant de réduire les tensions et désaccords accumulés au cours des trois dernières années, contrairement à sa stratégie antérieure qui visait à renforcer la coopération et la confiance mutuelle.
Concernant Israël, son intervention en Syrie n’est ni nouvelle ni unique. La guerre syrienne constitue une préoccupation majeure pour Israël, avec des enjeux potentiellement aussi graves que ceux de la guerre d’octobre 1973. L’effondrement du régime syrien pourrait transformer la géostratégie de la région, ce qui profite directement à Israël en affaiblissant à la fois la société, le régime et l’armée syrienne.
Initialement, Israël est resté silencieux vis-à-vis de la crise syrienne, tirant parti de la situation pour améliorer son image médiatique et justifier ses propres actions contre les Palestiniens. Mais l’entrée du Hezbollah en Syrie a marqué un tournant, conduisant Israël à frapper des sites militaires près de Damas en janvier 2013, visant des armes chimiques suspectées et le transfert d’armes vers le Hezbollah. Ces frappes israéliennes se sont poursuivies pour protéger ses intérêts sécuritaires.
Dans sa stratégie, Israël a adopté une double approche : diplomatique, en coopérant avec la Russie via un « mécanisme de déconfliction » et en s’appuyant sur les États-Unis avec lesquels il partage des intérêts communs. De plus, Israël a soutenu certaines factions armées pour sécuriser ses frontières face aux milices iraniennes, bien qu’il ait nié ce soutien jusqu’à son officialisation en juin 2017. Ce soutien, qui incluait douze factions, a pris fin en juillet 2018 suite à un accord avec Moscou.
Les objectifs israéliens dans la guerre syrienne sont de limiter l’influence iranienne en Syrie, d’arrêter le transfert d’armes au Hezbollah, de saper la présence russe en Syrie et d’empêcher la consolidation de sa présence militaire permanente. Cela constituerait un soutien accru à l’Iran, renforçant ainsi la position iranienne et consolidant les forces alliées au régime syrien. Israël cherche également à empêcher la Syrie de constituer une force qui pourrait menacer sa sécurité.
De plus, la poursuite de la guerre sectaire en Syrie, opposant d’une part l’Iran et ses mandataires et d’autre part les groupes extrémistes sunnites, pourrait s’avérer avantageuse pour Israël. Paradoxalement, Israël vise à maintenir le régime d’Assad, mais d’une manière qui ne le rende pas menaçant, un équilibre délicat compte tenu des relations d’Assad avec l’Iran. La chute du régime syrien pourrait ouvrir un espace chaotique où l’attention des belligérants se concentrerait sur la lutte contre Israël.
Les actions directes d’Israël dans la guerre syrienne se limitent généralement à cibler des sites syro-iraniens, en particulier ceux liés aux armes chimiques que l’Iran tente de produire avec le régime syrien, comme dans la région de Hama, où se trouvent des installations de production d’armes chimiques et d’autres appartenant au Hezbollah.
Israël mène ainsi des frappes ponctuelles visant à prolonger le conflit à des fins défensives et préventives, tout en évitant de favoriser un camp au détriment de l’autre et en veillant à ne pas entrer en conflit avec les forces russes. Les objectifs israéliens n’exigent pas nécessairement une force militaire à grande échelle pour modifier l’environnement régional, mais plutôt des frappes éclair ciblées qui atteignent efficacement ces objectifs, utilisant la force comme un outil tactique. L’intervention israélienne en Syrie peut donc se diviser en quatre catégories : intervention militaire, intervention du renseignement, intervention médiatique et intervention politique.
Puissances internationales
Les relations entre la Syrie et la Russie sont ancrées dans une longue histoire de stabilité. L’Union soviétique a été l’un des premiers pays à reconnaître la Syrie après son indépendance et à établir des relations diplomatiques. La politique étrangère russe, après la dissolution de l’Union soviétique, s’est caractérisée par le pragmatisme et le réalisme, régis par les intérêts nationaux russes. La position de la Russie sur la guerre en Syrie reflète cette tendance. Les intérêts russes en Syrie incluent des considérations politiques, économiques, militaires et stratégiques. La chute du régime syrien entraînerait des pertes considérables pour la Russie sur tous ces fronts.
Bien que la crise syrienne ait commencé comme une extension du « printemps arabe », elle s’est rapidement transformée en une lutte d’influence régionale et internationale. L’intervention russe en Syrie doit être comprise dans le cadre d’une réponse à la politique occidentale ou comme partie d’une stratégie plus large de troc sur des questions d’importance supérieure.
Les restrictions américaines imposées à Moscou et les efforts pour restreindre sa sécurité, en incluant des pays voisins de la Russie dans l’OTAN (qui faisaient autrefois partie de l’Union soviétique), alimentent la méfiance russe à l’égard du soutien américain aux mouvements islamistes politiques. La Russie craint également une escalade de cette dynamique dans ses propres régions islamiques, sur fond de ses expériences en Afghanistan et en Tchétchénie. L’expansion turque dans la région et le succès du Parti de la justice et du développement (AKP) renforcent ces inquiétudes. Par conséquent, la Russie a décidé de soutenir l’islam chiite dirigé par l’Iran face à l’islam sunnite, représenté par la Turquie au début de la crise, car la chute de ce dernier compromettrait la stabilité régionale.
Moscou a compris que le soutien à l’institution militaire syrienne est essentiel pour maintenir son influence dans la région. La chute du régime syrien affaiblirait l’Iran, qui est devenu un acteur central de la stratégie russe pour contrer le projet américain et l’influence turque croissante.
En résumé, la Syrie est un pays pivot pour les aspirations russes dans la région. Malgré la modestie de sa base navale à Tartous, celle-ci revêt une importance stratégique pour la Russie dans sa quête d’un plus grand rôle géopolitique en Méditerranée orientale et au Moyen-Orient. L’actuelle administration russe cherche à répondre aux exigences de la croissance politique et économique de la Russie, en jouant un rôle central dans les arènes régionales et internationales.
L’efficacité de ce rôle repose sur la restauration de zones d’influence perdues après la dissolution de l’ex-Union soviétique et le rééquilibrage des relations avec les États-Unis dans un cadre de relations égalitaires au sein d’un système polaire pluraliste. Cela justifie l’intervention russe en Syrie, que ce soit à travers des actions militaires directes ou un soutien permanent au régime syrien, y compris l’utilisation du veto en faveur de la Syrie, ainsi que le soutien économique et militaire.
L’intervention directe de la Russie en Syrie n’est intervenue qu’après que l’opposition ait progressé à grande échelle, ce qui a conduit le régime à perdre totalement la province d’Idlib, suite à la perte de la ville de Raqqa. Avant cette intervention, la Russie a toujours exercé son soutien et son assistance au régime syrien depuis le début de la crise dans tous les forums et événements internationaux, rejetant toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Syrie et tout appel à la destitution du président syrien. Depuis lors, la Russie n’a pas hésité à apporter un soutien économique, politique et militaire au régime syrien, et ce jusqu’à son retrait partiel et tactique en 2016.
En outre, la Russie a joué un rôle actif dans les contributions et initiatives politiques internationales, organisant une série de conférences pour résoudre la crise syrienne par le biais d’accords nationaux. Cela a commencé avec la conférence de Genève 1 en 2012 et a continué jusqu’à la conférence de Genève 6 en 2017, suivie par la conférence de Sotchi en 2018, qui était une tentative russe de liquider le volet onusien de Genève pour traiter unilatéralement la question syrienne. Cette conférence a été boycottée par l’opposition syrienne, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.
Le retrait russe en 2016 a eu un impact profond sur l’équilibre des forces des acteurs régionaux et internationaux dans la situation syrienne, et ce retrait a révélé plusieurs éléments liés à la dynamique de la situation en Syrie, dont les principaux sont :
- Éviter le scénario d’une confrontation militaire globale avec la Turquie, qui est bien préparée et soutenue par l’Occident. La Russie a également cherché à entraîner les acteurs du Golfe et l’opposition syrienne à la table des négociations pour accepter Bachar al-Assad comme une partie, même temporaire, de l’avenir de la Syrie.
- Reconnaissance de l’incapacité à éliminer ou affaiblir l’opposition par des opérations aériennes, ce qui a fait émerger la nécessité de mener des opérations au sol.
- Pression sur le régime syrien pour l’inciter à accepter des solutions de compromis et à assouplir sa position, tout en maintenant la possibilité d’une transition au cours de laquelle Bachar al-Assad jouerait un rôle avec des pouvoirs limités.
- Efforts pour lever les sanctions économiques contre la Russie en échange d’un abandon partiel de Bachar ou d’un troc de zones d’influence russe en Syrie.
- Limitation de la détérioration des relations avec l’Iran, qui a refusé d’abandonner Assad et s’est opposé à un scénario de partition susceptible d’interrompre le contact terrestre entre l’Iran et le sud du Liban.
Il est important de souligner les effets dévastateurs de l’intervention militaire russe depuis son début en 2015, y compris un grand nombre de victimes parmi les civils syriens. Selon un rapport publié par le Réseau syrien des droits de l’homme, 6 943 civils, dont 2 044 enfants, ont été tués, et il y a eu 1 243 incidents d’attaques contre des centres civils vitaux par les forces russes. Ce rapport indique que, depuis leur intervention jusqu’au 30 juillet 2022, les forces russes ont commis au moins 1 243 incidents d’attaques contre des installations civiles, dont 223 écoles, 207 établissements médicaux et 60 marchés. De plus, il a été enregistré au moins 237 attaques à l’aide d’armes à sous-munitions et au moins 125 attaques avec des armes incendiaires.
La concurrence pour l’influence au Moyen-Orient est l’une des questions les plus importantes de la politique internationale. Cette importance découle des intérêts des parties concernées par cette concurrence et de la position stratégique de la Syrie dans le Moyen-Orient. Les États-Unis ont cherché à encercler la Fédération de Russie pour l’empêcher de toute mesure expansionniste, tout en maintenant leur domination sur le système international au lendemain de la guerre froide. En réponse, la Russie a constamment œuvré à restaurer son rôle de superpuissance sur la scène internationale.
Comme mentionné précédemment, l’intervention de la Russie en Syrie s’inscrit dans des considérations plus larges et des objectifs profonds. De même, la position des États-Unis face à la Syrie est également guidée par des objectifs géopolitiques. Les États-Unis souhaitent renforcer leur contrôle sur la région tout en empêchant la Russie d’y étendre son influence.
La crise syrienne a vu trois présidents américains se succéder depuis son début en 2011 : Barack Obama, Donald Trump et Joe Biden. Chacun a abordé la scène syrienne différemment, le président Obama ayant initialement limité l’intervention américaine à des condamnations des actions du régime et à des demandes de réformes, tout en cherchant à inclure Bachar al-Assad dans une solution. En 2014, il a appelé à un soutien accru aux forces de « l’opposition syrienne modérée » pour faire face aux organisations terroristes en Syrie, comme l’État islamique. Cela démontre que la position américaine n’a pas été cristallisée sur la situation en Syrie et a évolué à travers des phases allant de l’appel à une solution politique à l’imposition de sanctions économiques.
Après avoir pris en compte l’importance stratégique de la Syrie pour les États-Unis, ceux-ci ont cherché, suite à leurs expériences en Irak et en Afghanistan, à faire preuve de prudence afin d’éviter de répéter leurs erreurs. Les objectifs américains en Syrie peuvent être résumés comme suit :
- Le renversement du régime syrien et l’établissement d’un régime loyal aux États-Unis, en raison de l’alliance de la Syrie d’Assad avec des ennemis tels que le Hezbollah et l’Iran.
- Protéger la sécurité d’Israël, influencée par le lobby sioniste au sein du gouvernement américain.
- Éviter une implication militaire directe en Syrie, reflétant les leçons apprises des conflits précédents en Irak et en Afghanistan.
- Privilégier la lutte contre le terrorisme sur le territoire syrien, plutôt que de se concentrer uniquement sur le régime syrien.
L’objectif final est de restreindre les mouvements et l’influence des puissances internationales et régionales qui soutiennent le régime syrien, ainsi que les forces représentées par l’Iran à l’intérieur du pays, par la Russie et la Chine à l’échelle internationale, en sapant leur influence dans la région et en limitant leurs capacités d’action. Cet objectif vise à faire pression sur le régime syrien, à tenter de le renverser, à modifier ses tendances et ses alliances, à l’inciter à se tourner vers l’Occident, et à faire pression sur ces forces dans d’autres dossiers d’importance commune avec les États-Unis.
Dans le cadre de ces objectifs, les États-Unis ont eu recours à un certain nombre d’outils, notamment :
Outils politiques : Washington n’a jamais déclaré que le régime russe avait perdu sa légitimité et qu’il devait y avoir une transition politique en Syrie qui garantisse la protection des droits du public ainsi que des droits des minorités religieuses et ethniques, mettant fin à la persécution et aux violations en cours. En outre, les États-Unis ont tenté à plusieurs reprises de faire adopter des résolutions de l’ONU pour ouvrir la voie à une intervention internationale en Syrie, mais ces résolutions se sont toujours heurtées au droit de veto de la Russie et de la Chine.
Outils militaires : L’utilisation de la force militaire a été divisée entre la menace de son usage — illustrée par l’emploi d’armes chimiques par le régime syrien, ce que le président Obama a qualifié de « ligne rouge » — et la menace américaine d’une frappe limitée pour paralyser les capacités du régime à utiliser ces armes, considérées comme des crimes de guerre. Parallèlement, les États-Unis ont apporté un soutien indirect à l’opposition en Syrie, ce qui a justifié une intensification de l’armement par les adversaires régionaux du régime syrien, y compris des missiles antiaériens.
Outils économiques : Les États-Unis ont fait de l’imposition de sanctions économiques et du resserrement de l’étau sur le régime syrien une politique de base pour faire face à la situation en Syrie. Ils ont imposé des sanctions économiques aux institutions publiques, aux piliers du régime et à ses responsables. Ils ont également encouragé les puissances internationales et régionales à appliquer des sanctions contre le régime syrien, ce que l’Union européenne a adopté, la Ligue arabe ayant suivi le même chemin en imposant des sanctions économiques à la Syrie suite à la suspension de son adhésion, sans oublier les sanctions turques.
C’était l’établissement de la position américaine sur la guerre syrienne, mais cette étape a été suivie de deux autres étapes, celles des présidents Trump et Biden. Nous résumons les développements les plus importants de la position américaine sous leur administration comme suit :
À l’ère du président Trump, l’intervention militaire en Syrie a pris un nouveau tournant. L’intervention militaire américaine dans le conflit syrien a débuté sur le terrain au mois de mars 2017, après que l’administration Trump a décidé de s’impliquer davantage dans la crise syrienne, contrairement à l’administration précédente. Cela a eu un impact qui ne s’est pas limité aux dimensions militaires, car cela a également entraîné des répercussions politiques importantes, notamment la formulation de « nouvelles cartes d’influence politique » et une position plus hostile à l’égard de l’intervention iranienne, que Trump a qualifiée de « sponsor officiel du terrorisme » dans la région. Il a considéré que le retrait de l’administration précédente de la présence sur le terrain dans la région avait nui aux intérêts vitaux des États-Unis au profit de la Russie et de l’Iran.
Toutefois, l’intervention militaire américaine dans le conflit syrien n’a pas contribué à clarifier la position américaine sur l’ensemble du conflit, notamment en ce qui concerne les relations entre le régime syrien et l’opposition, l’avenir de la crise et la nature du règlement espéré. Il manque encore une vision stratégique intégrée pour gérer le conflit syrien, et les options stratégiques pour cette intervention, tant politiques que militaires, restent floues. Cependant, cela souligne les raisons qui pourraient pousser Washington à augmenter le niveau de sa présence militaire en Syrie, en tant que facteur nécessaire face aux développements liés à la phase de confrontation avec l’EI et au-delà, ainsi qu’à la nouvelle formulation de la sécurité, de la coordination politique et de la coopération avec d’autres forces, notamment celles dirigées par la Russie.
La politique de Trump en Syrie est peut-être le mieux décrite par lui-même lorsqu’il a déclaré qu’il ne voulait pas s’impliquer dans le dossier syrien, un intérêt que les États-Unis ont perdu lorsque l’administration Obama a abandonné sa ligne rouge, ne laissant derrière elle que « la mort et le sable ». Trump a également précisé que le soutien des États-Unis aux Kurdes avait été déterminant pour leur combat sur le terrain, et qu’ils avaient combattu l’EI au nom de la Russie, de l’Iran et du régime d’Assad. Trump a donc abandonné l’opposition syrienne en annulant deux programmes de soutien à l’opposition armée, y compris les salles d’opérations conjointes dans le nord et le sud, en arrêtant le programme de formation et d’équipement du Pentagone, ainsi que les programmes du département d’État américain dans le nord de la Syrie, et en suspendant le soutien financier américain aux efforts de stabilisation en Syrie, en particulier pour les réfugiés syriens, jusqu’à nouvel ordre.
Quant à l’administration du président Biden, elle a reconnu que le principal échec des administrations Obama et Trump en Syrie était de ne pas avoir compris l’intérêt stratégique des États-Unis dans la stabilité de la Syrie. Les deux administrations n’ont donc pas mis ce dossier en priorité, mais l’ont utilisé comme une carte liée à d’autres enjeux régionaux, tels que la confrontation avec l’Iran et la lutte contre le terrorisme.
Cet échec a eu pour conséquence des avancées stratégiques pour la Russie et l’Iran en Syrie et dans la région dans son ensemble. Alors que le conflit en Syrie entre dans sa deuxième décennie après l’investiture de l’administration Biden, l’équilibre des pouvoirs a changé, et la Russie et l’Iran dominent le conflit sur le terrain dans les zones contrôlées par le régime syrien, représentant la majorité des régions du sud de la Syrie jusqu’à la province d’Idlib au nord-ouest, ainsi que la plus grande partie de la province d’Alep au nord et certaines parties des gouvernorats de Raqqa et de Deir Ezzor au nord et au nord-est de la Syrie. À l’exception de la zone frontalière entourant la base américaine d’al-Tanf dans le sud-est, contrôlée par les forces d’opposition américaines et syriennes, le régime maintient également une présence administrative et militaire dans la province de Hassaké. Les factions de l’opposition contrôlent la province d’Idlib dans le nord du pays et certaines parties des provinces d’Alep, de Hama, de Raqqa et de Hassaké. Les Forces démocratiques syriennes contrôlent quant à elles la zone de présence des forces américaines dans le nord-est du pays, qui comprend la province de Hassaké et certaines parties des provinces de Deir Ezzor, Raqqa et Alep.
Cette réalité limite les options qui s’offrent à l’administration Biden, contrairement à la situation sous l’administration Obama, où l’opposition contrôlait à un moment donné les deux tiers du pays, ce qui aurait rendu possible le renversement d’Assad si la Maison Blanche en avait eu la volonté. Ce n’est plus le cas après ces développements dans l’arène syrienne. Toutefois, avec la présence continue de la force militaire américaine et la volonté de l’administration Biden de la maintenir, la situation n’est pas encore résolue. La présence militaire américaine dans le nord-est de la Syrie et dans le sud-est autour de la base d’al-Tanf représente l’une des cartes les plus importantes à la disposition de l’administration Biden dans ses relations avec le régime d’Assad et ses alliés, qui ont rompu tous les accords signés avec eux sur la Syrie en dix ans. Il est donc probable que cette administration maintienne et renforce cette présence, en réponse aux critiques sévères qui ont frappé Trump après qu’il ait retiré certaines de ces forces.
Le deuxième thème : les forces locales, régionales et internationales dans la crise syrienne et les moyens de les gérer
Le processus de gestion des conflits internationaux se fait, dans la plupart des cas, par l’intervention d’une tierce partie qui cherche à prévenir, contrôler ou résoudre les conflits et à parvenir à la paix entre les parties en conflit. Quels que soient les objectifs des personnes chargées de gérer ces conflits, elles ont recours à divers moyens pour atteindre ces objectifs【67】. Il est à noter que ces moyens sont les suivants :
- Moyens diplomatiques (négociation, marchandage, médiation)
- Sanctions économiques
- Menace et recours effectif à la force
Dans cette section, nous aborderons le rôle des forces locales, régionales et internationales dans la gestion de la crise syrienne.
La première exigence : l’approche des forces locales dans la gestion de la crise syrienne
À travers notre présentation précédente du rôle des forces locales dans la genèse de la crise en Syrie, nous constatons que toutes ces forces sont dans un état de conflit continu afin de réaliser leurs propres intérêts, sans tenir compte de l’intérêt suprême de l’État syrien. Cela illustre l’incapacité des forces locales à gérer le conflit.
Une conférence s’est tenue à Genève en 2014, en deux cycles, au cours desquels des négociations ont eu lieu entre le gouvernement syrien et les membres de l’opposition. Cependant, ces négociations se sont terminées sans aboutir à un accord significatif des deux côtés. Le régime syrien a clairement montré lors de la conférence qu’aucune solution ne pouvait être trouvée tant qu’Assad restait au pouvoir, refusant ainsi de faire des concessions politiques. Il est évident que les forces locales de l’époque n’étaient pas disposées à désamorcer le conflit ni à le gérer d’une manière qui soit dans l’intérêt public de la Syrie.
Ici, nous devons souligner certaines forces locales :
- L’armée d’Assad : L’armée syrienne a perdu beaucoup de ses positions, et des milliers de ses soldats ont été tués ou ont fait défection. Sur le sol syrien, il existe des armées et des milices appartenant à plus de huit pays. Cependant, l’armée d’Assad a bénéficié du soutien russe et iranien pour reprendre des zones stratégiques précédemment perdues, telles qu’Alep, Homs et Deir Ezzor, ce qui a incité plusieurs parties qui avaient conditionné le départ d’Assad avant toute négociation à changer de position.
- Les combattants kurdes : Au cours des deux dernières années, les Kurdes ont beaucoup gagné, et leur voix ainsi que leur influence augmentent, car ils ont pris le contrôle des zones riches en pétrole dans le nord-est. Ils forment également le pilier des Forces démocratiques syriennes (FDS), qui ont libéré Raqqa avec le soutien de la coalition internationale, et ont mis en place une « administration autonome » dans les zones sous leur contrôle. Cependant, l’opération Rameau d’olivier menée par l’armée turque à Afrin contre les combattants kurdes a entraîné la perte de plusieurs zones et des centaines de morts.
- L’opposition armée : L’opposition armée syrienne est d’abord apparue comme une alternative potentielle au régime d’Assad, contrôlant une grande partie de la Syrie. Plus tard, cependant, elle en a perdu beaucoup. L’opposition souffre d’une fragmentation des positions idéologiques, ainsi que d’une multiplicité de partisans et d’une diversité d’objectifs. Cela a incité certains à l’appeler « opposition », et elle a également subi un coup dur après que des organisations terroristes telles que l’EI et Al-Nusra sont intervenues et se sont emparées du territoire sous son contrôle【69】.
Il est évident, d’après notre exposé, que les forces locales qui ont provoqué le conflit n’ont pas réussi à le gérer, car chaque partie utilise ses capacités militaires pour servir ses intérêts, sans penser à s’asseoir à la table des négociations. Même avec leur présence à cette table, chaque partie a fait preuve d’un militantisme injustifié envers ses propres intérêts et idées, ce qui a conduit à l’échec de ces forces à gérer leur crise interne. Cela a nécessité l’intervention de forces extérieures pour gérer la crise en Syrie.
La deuxième exigence : le rôle des puissances régionales dans la gestion des conflits
Les puissances régionales ont joué un rôle très influent dans la crise syrienne depuis le début de celle-ci jusqu’à aujourd’hui. Nominalement, leur rôle a clairement augmenté au sein de la communauté internationale. Ce que nous aborderons ici est le rôle de ces forces dans la gestion du conflit, ainsi que leurs outils et mécanismes.
Premièrement : Le rôle de la Turquie
La Turquie et la Syrie ont une longue histoire de relations, caractérisées tant par des tensions politiques que par une coopération, en raison de nombreux problèmes entrelacés, liés à leur proximité géographique. Avec le début des événements en Syrie, la Turquie a commencé à s’engager progressivement, jusqu’à atteindre la situation actuelle.
1 – La position turque et le mécanisme d’intervention militaire :
La politique étrangère de la Turquie a connu des transformations radicales depuis l’arrivée au pouvoir du Parti de la justice et du développement en 2002. Ces changements ont permis de redéfinir son rôle au Moyen-Orient et de donner un nouvel élan à ce que l’on peut appeler l’essor régional.
Cette dynamique est en phase avec la vision de la profondeur stratégique et de la politique de « réduction à zéro des conflits » formulée par Ahmet Davutoglu. Ainsi, l’objectif de la politique étrangère turque était d’éviter les tentatives de marginalisation et d’élargir son espace d’influence vers l’est et l’ouest, le nord et le sud, pour passer d’un État marginal à un acteur ayant un poids géopolitique décisif.
Ankara a adopté une politique étrangère envers la Syrie qui s’appuie sur l’activation du « smart power », afin de protéger sa sécurité nationale. Ankara craint toujours le retour de l’influence kurde dans le nord de la Syrie et leur potentiel souhait de sécession, comme cela se produit au Kurdistan irakien, profitant de la faiblesse de l’autorité centrale. Ainsi, l’objectif principal de la présence turque est d’encercler cette influence kurde en Syrie et de s’imposer comme un acteur international dans la reconstruction du pays et la sécurité des frontières turques.
Premièrement : Faire pression pour des réformes politiques en Syrie
Cette phase s’est étendue du début des manifestations en mars 2011 jusqu’au retrait de l’ambassadeur turc de Damas en mars 2012. La position turque a progressivement dégradé suite aux évolutions de la scène intérieure syrienne. La Turquie a d’abord exprimé sa confiance envers le régime d’Assad et a soutenu la mise en œuvre des réformes promises, avant de faire pression pour une accélération de ces réformes, puis de critiquer les actions sécuritaires et d’appeler à ne pas ignorer le changement pacifique. Enfin, Ankara a menacé de revoir son soutien envers Assad après que celui-ci a tergiversé et trompé la Turquie.
Deuxièmement : Soutenir l’opposition pour renverser Assad
Cette période a duré près de trois ans. Après la rupture des relations diplomatiques, la Turquie a perdu sa capacité de pression sur le régime en raison de l’ascendant de l’opposition sur le terrain. Elle a donc considéré que le régime d’Assad manquait de légitimité. Le soutien turc à l’opposition syrienne s’est manifesté à plusieurs niveaux : médias, politique, aide humanitaire et même militaire. La Turquie a participé à la plupart des conférences de l’opposition et a contribué à la reconnaissance internationale de celle-ci.
Troisièmement : L’acceptation d’une solution politique
La Turquie a abandonné l’idée de renverser Assad en acceptant un plan de transition selon l’accord américano-russe de Vienne, admettant donc tacitement de maintenir Assad au pouvoir jusqu’aux prochaines élections, tout en affirmant qu’elle ne souhaitait pas que son maintien perdure au-delà.
Parmi les facteurs incitant la Turquie à approuver ce plan, on trouve la stagnation du conflit sur le terrain, les résultats des élections de juin, ainsi qu’une réévaluation de sa politique étrangère face à l’intervention militaire directe de la Russie.
Quatrièmement : Passer de l’initiative à la défense
Cette phase débute avec la destruction d’un chasseur russe par la Turquie, marquant la perte d’espoir d’une issue favorable dans la crise en raison des mesures punitives russes contre elle. L’armée russe a alors établi une zone d’exclusion aérienne effective au-dessus de la Syrie pour contrer toute initiative militaire turque.
Cinquièmement : Intervention militaire
La Turquie a utilisé l’outil militaire manifesté dans plusieurs opérations :
- Bouclier de l’Euphrate : Lancée en 2016, visant les milices kurdes et terroristes, avec le soutien des forces d’opposition syriennes.
- Opération Rameau d’olivier : Débutée en 2018, ciblant les Unités de protection du peuple kurde (YPG), que la Turquie considère comme une organisation terroriste.
- Malgré ces interventions, les opérations militaires turques ont été limitées avec comme principal objectif d’empêcher l’État islamique (EI) de menacer la sécurité à la frontière turque.
Parmi les raisons de l’intervention turque, on note :
- L’impact direct de la crise syrienne sur la sécurité nationale turque.
- L’augmentation des menaces sécuritaires, notamment celles liées à l’EI et aux groupes kurdes.
- Les capacités militaires supérieures de l’armée turque par rapport à l’opposition.
- Le soutien à un projet islamique dans le monde arabe via l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans.
- La crainte que les Kurdes syriens n’établissent une entité autonome menaçant l’intégrité territoriale.
Deuxièmement : Le rôle de l’Iran
L’Iran a joué un rôle crucial sur le terrain en soutenant le régime syrien par l’envoi de milices chiites, devenant ainsi le pays le plus influent en Syrie. Ce soutien a renforcé la dépendance politique, économique et sécuritaire du régime syrien envers Téhéran.
Premièrement : Le développement de la présence iranienne en Syrie
En 2013, il est devenu évident que l’armée syrienne ne pouvait pas remporter la guerre sans aide extérieure. Pendant plusieurs années, Téhéran a fourni un soutien massif à Damas, malgré les répercussions négatives sur son économie.
Deuxièmement : Les formes d’intervention iranienne en Syrie
- Soutien économique : L’Iran a octroyé plusieurs prêts à la Syrie pour soutenir son économie, notamment pour l’achat de produits de base.
- Ligne de crédit : Le régime syrien a reçu d’importantes lignes de crédit afin d’assurer les besoins essentiels, en échange de conditions favorisant les intérêts iraniens.
- Coopération commerciale : L’Iran a continué à commercer activement avec la Syrie, malgré les sanctions économiques imposées à ce dernier.
- Soutien militaire : L’intervention militaire directe de l’Iran s’est intensifiée depuis 2011, allant jusqu’à l’envoi de troupes et de milices en soutien au régime syrien.
Le rôle d’Israël :
Israël a également intensifié son engagement militaire en Syrie, en ciblant des installations liées à l’Iran et au Hezbollah sous prétexte de neutraliser les menaces sécuritaires.
Troisième exigence : le rôle des forces et des institutions internationales dans la gestion de la crise syrienne
Depuis le début de la crise, diverses forces et institutions internationales ont tenté de trouver des solutions, mais ces efforts ont généralement échoué. Les interventions russes étaient motivées par leurs intérêts géostratégiques, soutenant le régime d’Assad face à l’opposition soutenue par l’Occident.
La Russie a lié son intervention à la souveraineté des États, tout en soutenant simultanément le régime. Son approche methodique a transformé le paysage du contrôle en Syrie, permettant à Assad de récupérer la majorité du territoire.
Les activités de la coalition internationale dirigée par les États-Unis se concentrent sur la lutte contre l’EI tout en menant leurs propres politiques de pression contre le régime syrien.
La crise syrienne s’est révélée être un terrain d’affrontement entre puissances régionales et internationales, ayant évolué vers une situation complexe où la lutte pour le pouvoir a abouti à des interventions militaires et à des désaccords entre acteurs extérieurs.
Conclusion :
La crise syrienne représente une des crises les plus complexes, mêlant multiples intérêts et enjeux régionaux et internationaux. Les tentatives pour résoudre la crise nécessitent une approche multilatérale et respectueuse des préoccupations de tous les acteurs impliqués, capitalisant sur des négociations pacifiques plutôt que sur des actions militaires.
Références
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- (Mazigh M, Syria: Land of History, Civilizations, and War, CCDR Supplement, March 17, 2016, Volume 42)
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- George Freidman, “Russia’s Strategy”, Stratfor, 24/4/2012.
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