Sécurité

Hezbollah et le soutien à l’Iran: la décision d’intervenir et ses répercussions

En entrant en guerre aux côtés de l’Iran, le Hezbollah lie son destin à celui du régime iranien et à son rôle régional. Tout recul, transformation structurelle ou effondrement à Téhéran se répercutera inévitablement sur lui — et peut-être sur la place des chiites au Liban et dans la région. À l’inverse, si Téhéran tient bon, le Hezbollah pourrait trouver là une occasion de restaurer sa position intérieure et de s’assurer, directement ou indirectement, une place à la table des négociations.

À l’aube du 2 mars 2026, le Hezbollah a annoncé avoir visé, par une salve de roquettes et de drones, le site de « Mishmar HaCarmel », au sud de Haïfa, affirmant agir « en vengeance du sang de l’imam Khamenei et en défense du Liban ». Le parti a qualifié sa riposte de défensive et appelé « les responsables et les parties concernées à mettre un terme à l’agression israélo-américaine contre le Liban ».

Par ce geste, le Hezbollah entre de facto aux côtés de l’Iran dans la confrontation avec l’opération militaire américano-israélienne d’envergure lancée contre Téhéran à l’aube du 28 février 2026. Parmi les conséquences les plus marquantes de cette campagne — outre les frappes contre des actifs militaires de la République islamique et l’élimination de plusieurs de ses dirigeants — figure l’assassinat du chef du régime, le « Guide suprême », l’ayatollah Ali Khamenei.

Ce développement soulève deux questions majeures : pourquoi le Hezbollah a-t-il choisi ce moment précis pour agir, malgré son engagement dans un cessez-le-feu avec Israël depuis le 27 novembre 2024 ? Et quelles pourraient être les conséquences de cette décision à court et moyen terme ?

Pourquoi maintenant ?

Le Hezbollah disposait déjà de motifs pour riposter à Israël, compte tenu de la poursuite des frappes israéliennes sur le territoire libanais jusqu’au matin même de l’attaque contre l’Iran. Mais la véritable question est la suivante : qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi le parti est-il passé d’une politique de retenue à une riposte directe ?

Deux facteurs principaux semblent avoir pesé dans ce choix : la nature de sa relation avec l’Iran et la nature de la guerre en cours, ainsi que ses objectifs.

Premièrement : Hezbollah et Iran — une tutelle, non une simple relation de mandataire

La position officielle du Hezbollah, exprimée à maintes reprises, que ce soit sous l’ancien secrétaire général Hassan Nasrallah ou sous son successeur, cheikh Naïm Qassem, ne laisse guère d’ambiguïté : le Hezbollah se considère comme partie intégrante de la Révolution islamique en Iran et se place sous l’autorité du « velayat-e faqih » (la tutelle du juriste-théologien), politiquement, religieusement et fonctionnellement.

Son rôle régional ne s’en dissocie pas et s’inscrit dans le cadre des intérêts définis par Téhéran, perçus comme des intérêts « légitimes » au sens religieux et politique.

Cette relation a atteint son apogée sous Hassan Nasrallah. Elle a créé une imbrication d’intérêts telle que le Hezbollah est devenu, dans l’espace arabe, un prolongement de la définition même de la Révolution islamique. Son rôle régional a culminé durant la guerre en Syrie, ainsi que dans des interventions moins visibles mais significatives en Irak, au Yémen et ailleurs.

Sous la bannière de « l’Axe de la résistance », le Hezbollah a occupé une position centrale au sein de l’axe iranien. À certains moments, Nasrallah semblait disposer d’une influence notable sur l’élaboration des politiques régionales, notamment dans l’environnement arabe de l’Iran.

Ce rôle a redéfini politiquement la place des chiites du Liban. Sous le règne de Khamenei (1989-2026), la doctrine du velayat-e faqih est devenue un référent politico-religieux structurant, influençant la vie sociale, religieuse et politique quotidienne. Le Hezbollah est ainsi devenu un « modèle » illustrant l’efficacité et la portée universelle de cette doctrine. En retour, l’Iran a traité le Hezbollah non comme un simple agent parmi d’autres, mais comme une extension de son propre modèle révolutionnaire.

Dans cette perspective, l’assassinat de Khamenei n’est pas perçu par le Hezbollah comme un événement extérieur strictement iranien, mais comme une atteinte à un symbole religieux et politique constitutif de son identité — et de celle des chiites du Liban autant que de ceux d’Iran.

Deuxièmement : redressement et guerre existentielle

Le Hezbollah a accepté le cessez-le-feu avec Israël entré en vigueur le 27 novembre 2024, après avoir subi de lourdes pertes lors des deux derniers mois de la « guerre de soutien à Gaza ». Parmi les coups les plus sévères : l’explosion de dispositifs de communication, la perte d’une grande partie de son haut commandement militaire et l’assassinat de son secrétaire général, Hassan Nasrallah.

L’accord comportait des conditions strictes. Avant cette guerre, le Hezbollah s’accrochait même à une simple tente installée à la frontière malgré les menaces israéliennes. Pourtant, dans le cadre du cessez-le-feu, il a dû se retirer entièrement au sud du fleuve Litani, tandis qu’Israël conservait une large liberté d’action et élargissait son interprétation de l’accord jusqu’à inclure un désarmement à l’échelle nationale.

Malgré les frappes israéliennes continues visant des installations et des « activistes » présumés — plus de 400 personnes — au sud du Litani et ailleurs, le Hezbollah a maintenu son engagement envers le cessez-le-feu.

Il s’est également abstenu d’intervenir durant la guerre de douze jours (13-24 juin 2025), au cours de laquelle Israël a attaqué l’Iran et Washington a frappé des installations nucléaires. À l’époque, le parti était encore en phase de reconstruction, et ni lui ni Téhéran ne souhaitaient l’engager dans un conflit court mais potentiellement coûteux, surtout après la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024 et la perte d’une ligne d’approvisionnement stratégique.

Cependant, après la nouvelle offensive israélienne contre l’Iran, le discours du Hezbollah a évolué. Cheikh Naïm Qassem a affirmé avec davantage d’assurance que le parti avait retrouvé ses capacités et se disait prêt à affronter Israël. Il a rejeté toute idée de désarmement au nord du Litani et critiqué le gouvernement libanais pour son incapacité à freiner les frappes israéliennes ou à obtenir un retrait des points encore occupés.

Selon une dépêche de l’Agence France-Presse citant un responsable du Hezbollah avant la dernière confrontation, le parti n’interviendrait pas en cas de frappes « limitées », mais agirait si l’objectif était de renverser le régime iranien ou de cibler le Guide suprême.

L’assassinat de Khamenei semble avoir franchi cette ligne rouge. La riposte du Hezbollah est restée limitée et symbolique, qualifiée d’« avertissement », ce qui suggère qu’il ne cherche pas une guerre totale de sa propre initiative. Mais il a clairement signifié qu’il n’était pas neutre.

Les répercussions de l’intervention

En intervenant — même symboliquement — dans une guerre de « soutien » à l’Iran, le Hezbollah met à l’épreuve son engagement à privilégier la stabilité intérieure libanaise. Rien ne garantit que sa participation militaire renforcera significativement la position de l’Iran, alors que le coût pour lui pourrait être très élevé.

Israël a déjà frappé la banlieue sud de Beyrouth, le Sud-Liban, Baalbek et la Békaa. Il a averti que toute attaque du Hezbollah entraînerait des frappes massives contre ses bastions, potentiellement comparables au modèle de destruction observé à Gaza.

Même un retrait du conflit ne serait pas sans conséquences : Israël pourrait élargir ou consolider une zone tampon, occuper davantage de territoires libanais, intensifier les frappes et les déplacements forcés, et accroître la pression sur la communauté chiite et l’État libanais.

Les autorités libanaises, qui redoutaient ce scénario, se retrouvent dans une position délicate : incapables d’imposer leur décision au Hezbollah et impuissantes à contraindre Israël à cesser ses opérations.

Le mouvement Amal, dirigé par le président du Parlement Nabih Berri, semble lui aussi réservé face à cette escalade. Ses ministres n’ont pas bloqué une décision gouvernementale visant à interdire les activités sécuritaires et militaires du Hezbollah et à limiter son action au cadre politique.

Pour la première fois depuis au moins 2006, le Hezbollah pourrait faire face à une divergence stratégique avec son partenaire chiite — et à une érosion d’une partie de sa base, devenue plus réticente à des affrontements perçus comme détachés des intérêts libanais.

Un pari stratégique

La décision du Hezbollah peut sembler risquée au regard de ses conséquences immédiates. Mais du point de vue du parti, la guerre menée par Washington et Israël contre l’Iran serait le prolongement de celle qu’Israël a déjà menée contre lui — et finirait par le viser à nouveau.

Si Israël cherche à dissocier les fronts et à imposer ses conditions séparément, le Hezbollah semble avoir choisi de les reconnecter, même au prix fort.

En définitive, l’impact régional le plus grave pour le Hezbollah dépendra du sort du régime iranien. Toute transformation majeure, affaiblissement ou effondrement à Téhéran se répercuterait sur lui — et peut-être sur la position des chiites au Liban et dans la région. En revanche, si l’Iran tient bon, le Hezbollah pourrait y trouver l’occasion de restaurer sa position interne et de s’assurer, même discrètement, une place dans toute future négociation régionale pilotée par Téhéran.

Mohamed SAKHRI

Je suis Mohamed Sakhri, fondateur de World Policy Hub. Je suis titulaire d’une licence en science politique et relations internationales, ainsi que d’un master en études de sécurité internationale. Mon parcours académique m’a offert une solide base en théorie politique, affaires mondiales et études stratégiques, me permettant d’analyser les défis complexes auxquels sont confrontés aujourd’hui les États et les institutions politiques.

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