Dix motivations: pourquoi l’administration Trump pourrait préserver l’accord de Gaza

L’administration américaine, dirigée par le président Donald Trump, tente d’empêcher l’effondrement de l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le mouvement Hamas dans la bande de Gaza. Dans ce cadre, Trump a décidé de renvoyer ses émissaires — Steve Witkoff et Jared Kushner — au Moyen-Orient environ une semaine après la signature de l’accord. Ils sont arrivés en Israël le 20 octobre, soit un jour avant la visite du vice-président américain J.D. Vance dans la région. Cette mission vise à garantir le respect du cessez-le-feu, à mettre en œuvre les dernières étapes de la première phase du plan Trump, et à passer à la deuxième phase — la plus difficile — qui prévoit le désarmement du Hamas, le déploiement d’une force internationale de maintien de la paix à Gaza, et le retrait de l’armée israélienne du territoire.
Selon les médias israéliens, Witkoff et Kushner ont informé le Premier ministre Benjamin Netanyahou que Washington attend d’Israël qu’elle respecte scrupuleusement le cessez-le-feu. Le New York Times, citant des responsables américains, a révélé que l’administration Trump œuvre à empêcher Netanyahou d’annuler l’accord de Gaza et de relancer les opérations militaires. Trump a lui-même affirmé le 19 octobre que le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas était toujours en vigueur, précisant que la direction du Hamas n’était pas impliquée dans les violations constatées, imputant celles-ci à « quelques rebelles au sein du mouvement ».
Les objectifs américains dépassent la simple application du cessez-le-feu : ils s’inscrivent dans une volonté plus large de refroidir les conflits régionaux et de réduire les tensions au Moyen-Orient. Trump a d’ailleurs répété à plusieurs reprises que son but ultime était d’amener l’Iran à rejoindre le processus de paix que Washington cherche à instaurer dans la région.
Plusieurs facteurs ont poussé le président Trump à élaborer son plan de paix pour Gaza et expliquent sa volonté de le préserver et de le mettre en œuvre. Voici les dix principaux moteurs de cette politique :
1. Les défis de l’armée américaine
Trump estime qu’il est urgent de mettre fin à la guerre israélienne à Gaza, car elle épuise une partie importante des capacités militaires américaines. L’armée des États-Unis fait face à des difficultés croissantes de recrutement et de mobilisation : les statistiques font état d’un manque de 41 000 soldats en 2023, un déficit qui s’est encore aggravé en 2024, les jeunes générations préférant les emplois civils au service militaire.
En outre, l’implication directe et indirecte de Washington dans les guerres israéliennes empêche le Pentagone de résoudre ces problèmes internes. La production nationale d’armes et de munitions ne suffit plus à satisfaire les besoins de l’armée américaine et de ses alliés. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a donc appelé les industriels de l’armement à doubler leur production, notamment de missiles et d’obus de 155 mm, dont les stocks ont été fortement entamés par les guerres d’Israël et le conflit russo-ukrainien.
2. La mise en œuvre de la stratégie “Scope” (Cadre)
Les États-Unis cherchent à redéfinir leur présence militaire au Moyen-Orient. Sous la direction de Trump et de son secrétaire à la Défense, le commandant du CENTCOM, l’amiral Brad Cooper, élabore une nouvelle stratégie baptisée “Scope”, visant à réduire les effectifs et les moyens militaires américains dans la région.
Cette stratégie marque une rupture totale avec celle de l’ancien commandant, le général Michael Erik Kurilla, qui privilégiait la mobilisation rapide et massive des porte-avions, destroyers et sous-marins. Cooper mise, lui, sur une évaluation précise des menaces et une dissuasion proportionnée, fondée sur les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle.
Cette approche s’inscrit dans la doctrine chère à Trump : le partage des charges et des risques. Il souhaite que les alliés américains — au Moyen-Orient comme au Japon, en Corée du Sud, en Australie ou en Europe — assument une plus grande part de leur propre défense. Mais Trump ne peut lancer cette transition qu’à condition que le Moyen-Orient soit suffisamment stable pour passer de la vision de Kurilla au modèle Cooper.
3. Le coût du soutien à Israël
Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Trump a suspendu la plupart des programmes d’aide internationale. Pourtant, plusieurs études estiment que Washington a dépensé entre 31 et 33 milliards de dollars en soutien militaire direct et indirect à Israël depuis le 7 octobre 2023.
Selon un rapport du projet “Costs of War” de l’université Brown, les États-Unis ont engagé 10 milliards de dollars supplémentaires pour leurs opérations et aides sécuritaires au Moyen-Orient, en plus de 21,7 milliards d’aide militaire directe à Israël.
Par ailleurs, Washington a utilisé son droit de veto à six reprises au Conseil de sécurité de l’ONU ces deux dernières années pour bloquer toute condamnation d’Israël — une posture diplomatiquement coûteuse qui isole les États-Unis, y compris vis-à-vis de leurs alliés traditionnels comme le Royaume-Uni et la France.
4. La compétition avec les puissances internationales
L’implication militaire américaine dans les guerres israéliennes a permis à des rivaux comme la Chine et la Russie d’accroître leur influence mondiale. De nombreux stratèges américains estiment désormais que ces conflits détournent Washington de sa rivalité stratégique principale avec ces deux puissances. La prolongation de la guerre à Gaza offre, selon eux, à Pékin et Moscou une opportunité d’étendre leur influence, non seulement au Moyen-Orient, mais aussi en Amérique latine et dans les Caraïbes.
5. Restaurer l’image des États-Unis
La guerre à Gaza a gravement terni l’image de l’Amérique dans le monde arabe, musulman et au-delà. L’opinion publique internationale perçoit Washington comme un soutien inconditionnel à la machine de guerre israélienne. Mettre fin au conflit et instaurer la paix à Gaza permettrait à Trump de redonner aux États-Unis une image de médiateur et de puissance stabilisatrice, au lieu de celle d’un acteur complice de la destruction.
6. Se présenter comme un “artisan de la paix”
En mettant fin à la guerre de Gaza, Trump se positionne devant ses électeurs et la communauté internationale comme le “faiseur de paix”. Il aime rappeler qu’il est le seul président américain de ces 50 dernières années à ne pas avoir déclenché de guerre durant son premier mandat (2017–2021), contrairement à George W. Bush (Afghanistan, Irak) ou Barack Obama (Libye, Syrie).
Consolider le cessez-le-feu et promouvoir la paix régionale renforcerait cette image. Bien qu’il n’ait pas obtenu le prix Nobel de la paix cette année, plusieurs voix internationales plaident déjà pour qu’il y soit candidat l’an prochain — surtout s’il parvient à stabiliser la situation à Gaza.
7. Affirmer l’image du président fort
Trump cherche à se distinguer de son prédécesseur, Joe Biden, qu’il décrit comme un président « faible ». Il veut au contraire apparaître comme un leader fort et respecté, dont les décisions fermes favorisent la stabilité mondiale. Il attribue d’ailleurs le cessez-le-feu à Gaza à sa décision de détruire les installations nucléaires iraniennes en juin dernier, estimant que son message ferme à Téhéran a forcé l’Iran à influencer le Hamas pour accepter l’accord.
8. Une place dans l’histoire
Le discours politique de Trump montre son attachement à l’histoire et à la postérité. Il souhaite marquer durablement les annales américaines en réalisant des actions que retiendront les générations futures. Pour lui, la paix au Moyen-Orient constituerait l’un de ses plus grands accomplissements, un héritage qui consoliderait son image dans l’histoire des États-Unis.
9. Consolider la “Trumpisme”
La victoire écrasante de Trump et du Parti républicain aux élections de novembre 2024 a incité les dirigeants du parti à vouloir pérenniser son idéologie au-delà de sa présidence. À un an des élections de mi-mandat de 2026, Trump voit dans le cessez-le-feu de Gaza une occasion de rassembler les Républicains — et même, fait rare, de rallier les Démocrates à une cause commune.
Les deux partis soutiennent aujourd’hui sa démarche visant à consolider la trêve. De plus, plusieurs conseillers l’ont averti que la poursuite de la guerre risquait de diviser le mouvement MAGA (“Make America Great Again”), clé de son retour à la Maison-Blanche. Mettre fin à la guerre pourrait donc unifier la droite et séduire les indépendants, renforçant ainsi sa base électorale.
10. “L’effet contagion” de la paix
Trump et son administration républicaine espèrent que le succès du processus de paix à Gaza servira de modèle pour résoudre d’autres conflits, notamment la guerre russo-ukrainienne. Des discussions préliminaires ont d’ailleurs eu lieu en vue d’un sommet entre Trump et Vladimir Poutine à Budapest dans les semaines à venir, même si Trump a déclaré le 21 octobre qu’aucune décision finale n’avait encore été prise.
Conclusion
Les motivations présentées ci-dessus éclairent la volonté de l’administration Trump de préserver et d’appliquer son plan de paix pour Gaza, malgré les accusations mutuelles entre Israël et le Hamas de violer le cessez-le-feu. Ces facteurs — politiques, militaires et historiques — convergent vers un même objectif : stabiliser le Moyen-Orient et consolider la vision de Trump d’une Amérique forte, pacificatrice et durablement influente.



