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Crise énergétique mondiale: quels risques et quelles stratégies pour les pays asiatiques ?

La probabilité que le monde soit confronté à un nouveau choc énergétique augmente à mesure que les tensions s’intensifient en raison de la confrontation militaire en cours entre l’Iran d’un côté et Israël et les États-Unis de l’autre. Avec l’évolution des événements, les producteurs de pétrole et de gaz de la région ont été contraints de réduire leur production et de déclarer la force majeure dans certaines installations de production. Cela s’explique notamment par les difficultés logistiques persistantes pour exporter le pétrole brut et le gaz naturel, en particulier après la fermeture du détroit d’Ormuz.

Les pays asiatiques figurent parmi les consommateurs les plus vulnérables face à une crise énergétique régionale, car de nombreux États du continent dépendent fortement du Moyen-Orient pour une part importante de leurs importations de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).

Ainsi, les gouvernements asiatiques ont pris des mesures préventives pour faire face à l’aggravation de la crise énergétique. Ces mesures incluent la mise à disposition de réserves stratégiques de pétrole et de gaz en cas de besoin, ainsi que la possibilité d’acheter des cargaisons supplémentaires sur le marché spot auprès d’autres fournisseurs. Certains pays, comme Taïwan, n’excluent pas non plus le recours au charbon afin de stabiliser leurs réseaux électriques nationaux.

Cette crise émergente offrira également des leçons importantes aux pays consommateurs d’Asie, notamment sur la nécessité d’accélérer les programmes nationaux de transition énergétique et de diversifier les sources d’approvisionnement en pétrole et en gaz naturel. Ces mesures permettraient de sécuriser l’approvisionnement énergétique à l’avenir et de stabiliser les marchés en période de crise.

Un dilemme majeur

Au cours de la dernière décennie, la dynamique des marchés du pétrole et du gaz naturel est devenue de plus en plus dépendante des risques géopolitiques présents dans différentes régions du monde, et non plus uniquement des fondamentaux de l’offre et de la demande.

Le monde — en particulier l’Europe — a déjà subi un choc énergétique majeur après le déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine en février 2022, ce qui a profondément modifié les flux du commerce énergétique mondial. Aujourd’hui, le monde pourrait se rapprocher d’une nouvelle crise énergétique majeure en raison de l’escalade récente des tensions au Moyen-Orient, après l’affrontement militaire entre l’Iran d’une part et les États-Unis et Israël d’autre part depuis le 28 février dernier.

Cette crise pourrait être plus grave que les précédentes et avoir des conséquences plus profondes sur les économies mondiales ainsi que sur les chaînes d’approvisionnement industrielles et agricoles, surtout si la fermeture du détroit d’Ormuz se prolonge. Dans ce cas, les principaux marchés de consommation — notamment en Asie — pourraient faire face à une pénurie importante de pétrole et de gaz naturel, difficilement compensable par d’autres fournisseurs.

Les tensions récentes ont déjà contraint les producteurs de pétrole et de gaz du Moyen-Orient à réduire leur production, tandis que l’exportation des hydrocarbures est entravée par les difficultés de navigation à travers le détroit d’Ormuz.

Si ces perturbations persistent, les prix mondiaux de l’énergie pourraient augmenter fortement. Le prix du Brent pourrait dépasser les 100 dollars le baril pendant plusieurs semaines, tandis que le prix du GNL sur le marché spot asiatique pourrait atteindre environ 25 dollars par million d’unités thermiques britanniques (MMBtu), soit une hausse d’environ 130 % par rapport aux niveaux précédant le conflit, selon les estimations de Goldman Sachs.

Les pays asiatiques sont particulièrement exposés à des interruptions prolongées des approvisionnements en provenance du Moyen-Orient. Chaque année, ils importent entre 30 % et 95 % de leur pétrole de cette région, ainsi qu’entre 10 % et 57 % de leurs importations de GNL. Toute perturbation majeure de ces flux pourrait affaiblir les marchés et l’activité économique à travers l’Asie.

Les options de réponse

Face à l’escalade des tensions au Moyen-Orient, les gouvernements asiatiques ont pris plusieurs mesures immédiates pour faire face à la crise énergétique. Parmi les plus importantes :

1. Gestion de l’offre nationale

Les gouvernements de nombreux pays asiatiques, dont la Chine, l’Inde, la Thaïlande et la Corée du Sud, ont rapidement rassuré les marchés en annonçant la disponibilité de réserves stratégiques de pétrole et de gaz naturel capables de couvrir la consommation nationale pendant des périodes allant d’un mois à une année complète.

Par exemple, le Japon a annoncé que ses réserves pétrolières peuvent satisfaire la demande intérieure pendant 254 jours, même en cas d’interruption totale des importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient.

La Chine semble être dans une position relativement plus favorable que d’autres consommateurs asiatiques. Selon la société Kpler, les installations gouvernementales et les raffineries privées chinoises détenaient environ 1,39 milliard de barils de pétrole au 2 mars, soit suffisamment pour couvrir environ 220 jours de consommation sur la base des niveaux de 2025.

Il est également rapporté qu’environ 42 millions de barils de pétrole iranien étaient stockés à bord de pétroliers près des côtes asiatiques fin janvier, ce qui pourrait permettre à Pékin d’atténuer l’impact des perturbations potentielles sur les flux de pétrole iranien.

Par ailleurs, certains gouvernements asiatiques — notamment la Chine, le Vietnam et l’Indonésie — ont donné la priorité à l’approvisionnement du marché intérieur en pétrole, gaz et carburants produits localement, plutôt qu’à leur exportation.

2. Recherche de fournisseurs alternatifs

Plusieurs pays asiatiques se préparent à compenser d’éventuelles ruptures d’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient en important du pétrole et du gaz via le marché spot mondial. Cependant, cette solution pourrait peser lourdement sur leurs budgets en raison de la flambée des prix et de la forte concurrence entre acheteurs asiatiques.

L’Indonésie a notamment évoqué la possibilité d’importer du pétrole américain pour combler un éventuel déficit sur son marché intérieur.

De son côté, l’Inde se rapproche d’une reprise plus importante de ses importations de pétrole russe, après avoir obtenu des États-Unis une exemption temporaire lui permettant d’acheter du pétrole russe jusqu’au 4 avril.

Concernant le GNL, des pays comme le Japon, Taïwan, le Bangladesh et le Pakistan envisagent d’acheter des cargaisons supplémentaires sur le marché spot si le conflit se prolonge. La Corée du Sud examine également la possibilité de coordonner les livraisons avec des fournisseurs tels que les États-Unis et l’Australie.

Dans ce contexte, la crise énergétique pourrait bénéficier aux producteurs de pétrole et de GNL situés en dehors du Moyen-Orient, qui auront l’opportunité d’élargir leur présence sur les marchés asiatiques en pleine croissance.

3. Recours à des sources d’énergie alternatives

Après le début de la guerre en Ukraine en 2022, le charbon avait temporairement été réintroduit en Europe comme solution pour assurer l’approvisionnement énergétique. Un scénario similaire pourrait se produire en Asie.

La crise actuelle pourrait pousser plusieurs gouvernements asiatiques à recourir davantage aux infrastructures existantes basées sur le charbon à court et moyen terme, malgré leurs engagements environnementaux.

En 2024, le charbon représentait déjà 49,2 % de la consommation énergétique totale dans la région Asie-Pacifique. Il joue un rôle central dans la production d’électricité dans plusieurs pays, notamment la Chine (57,7 % de l’électricité produite en 2024) et l’Inde (74,7 %).

Taïwan a même évoqué la possibilité d’utiliser davantage de charbon comme solution de dernier recours pour éviter les pénuries d’électricité ou l’arrêt de certaines industries.

4. Gestion de la demande énergétique

Une autre réponse possible consiste à réduire la consommation énergétique, à réorganiser les charges électriques et à diminuer les taux de fonctionnement des raffineries.

Certaines entreprises de distribution de gaz en Asie ont déjà commencé à réduire l’approvisionnement de certains secteurs industriels en Inde et au Pakistan, anticipant une baisse des importations du Moyen-Orient.

Par ailleurs, les raffineries asiatiques pourraient réduire leur production entre 5 % et 20 %, selon les premières estimations.

Les gouvernements de pays comme le Japon, la Corée du Sud et la Malaisie envisagent également des mesures pour protéger les consommateurs, notamment des subventions énergétiques, des plafonds de prix pour les carburants et un assouplissement des règles d’importation.

Cependant, si les prix élevés du pétrole et du gaz persistent, les pays disposant de marges budgétaires limitées pourraient avoir des difficultés à maintenir ces aides sur le long terme.

Enseignements pour l’avenir

La crise énergétique actuelle offre plusieurs leçons importantes pour les pays asiatiques dans leur stratégie de sécurité énergétique.

Le risque de rupture d’approvisionnement et de volatilité des prix souligne l’importance d’investir davantage dans les énergies renouvelables et les technologies de stockage de l’énergie afin de diversifier les sources d’approvisionnement.

La diversification des fournisseurs de pétrole et de gaz naturel devrait également devenir une priorité stratégique pour les économies asiatiques dans les années à venir.

Enfin, cette crise pourrait encourager les pays asiatiques à développer de nouvelles formes de coopération énergétique internationale, notamment par l’expansion des interconnexions électriques régionales, le renforcement des réseaux de pipelines et l’établissement de nouveaux partenariats logistiques avec des producteurs situés en dehors du Moyen-Orient.

Conclusion

En définitive, les tensions géopolitiques croissantes redessinent progressivement la géopolitique mondiale de l’énergie, bien au-delà de l’Asie.

Le nouveau paysage énergétique mondial reposera probablement sur une diversification accrue des partenaires commerciaux et des fournisseurs afin de réduire les risques et d’atténuer la volatilité des marchés. Parallèlement, ces transformations soulignent l’importance d’accélérer le développement des énergies renouvelables et de renforcer les capacités stratégiques de stockage du pétrole et du gaz afin d’améliorer la résilience des systèmes énergétiques nationaux et d’assurer la stabilité des réseaux électriques à long terme.

Mohamed SAKHRI

Je suis Mohamed Sakhri, fondateur de World Policy Hub. Je suis titulaire d’une licence en science politique et relations internationales, ainsi que d’un master en études de sécurité internationale. Mon parcours académique m’a offert une solide base en théorie politique, affaires mondiales et études stratégiques, me permettant d’analyser les défis complexes auxquels sont confrontés aujourd’hui les États et les institutions politiques.

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