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Comment la violence sur la côte syrienne affecte-t-elle l’avenir de la secte alaouite ?

Les récents actes de violence dans les villes côtières syriennes ont révélé une escalade des risques sectaires, entraînant une polarisation politique et sociale accrue. L’appareil de sécurité fidèle à la nouvelle administration syrienne a été impliqué dans des massacres de masse ciblant des individus en fonction de leur affiliation sectaire. Les militants ont également menacé de massacrer les résidents de certains villages alaouites en raison de leur affiliation sectaire. Le 11 mars 2025, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a documenté le meurtre de familles entières, y compris des femmes et des enfants. La violence sectaire sur la côte syrienne approfondit la crise politique et démographique du pays, entraînant l’érosion de la présence politique et démographique des Alaouites, surtout en l’absence d’indices rassurant la minorité alaouite ou fournissant des solutions radicales aux tensions sectaires.

Préoccupations croissantes

Les préoccupations de la secte alaouite ont augmenté à la suite de la chute du régime d’Assad le 8 décembre 2024 et ont atteint leur apogée à l’heure actuelle après les massacres de membres de la secte à Lattaquié, qui peuvent être présentés comme suit :

1- Institutionnalisation du sectarisme dans l’approche de la nouvelle administration : Selon le comportement de la nouvelle administration syrienne face aux incidents de violence dans les villes côtières, qui ont entraîné la mort de centaines de résidents civils de la secte alaouite, le comportement de l’appareil de sécurité sous la nouvelle administration n’a pas changé envers l’aspect sectaire dans la performance du combat. Avec la compréhension des éléments de sécurité sous le règne d’Al-Sharaa que les villes côtières ont une majorité alaouite, ils se sont assurés de porter des bannières et des slogans sectaires d’une manière qui semble plus intense que les batailles précédentes qu’ils ont combattues après la chute du régime d’Assad, ce qui pose un danger attendu pour augmenter l’intensité des opérations sectaires possibles si l’insistance à neutraliser ou au moins marginaliser la secte alaouite continue.

2- Intensification des opérations de violence systématique sur la côte syrienne : Les préoccupations ont augmenté parmi la secte alaouite sur la côte syrienne en raison des massacres perpétrés par les forces syriennes et les forces de réserve, qui incluent des éléments de pays d’Asie centrale comme l’Ouzbékistan. Ces opérations, décrites par l’Observatoire syrien des droits de l’homme comme un « génocide systématique », ont entraîné la mort d’environ 1 000 civils alaouites.

Des opérations de pillage et de vol de maisons alaouites ont également été enregistrées, où elles ont été brûlées. Le 11 mars 2025, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a confirmé que bon nombre de ces opérations étaient des exécutions sommaires menées sur une base sectaire dans les provinces de Tartous, Lattaquié et Hama, par des hommes armés inconnus et des éléments armés prétendument soutenant les forces de sécurité.

3- Flexibilité occidentale dans le traitement de l’administration « Al-Sharaa » : Les parties internationales et occidentales ont condamné les meurtres constatés sur la côte syrienne et ont appelé à mettre fin au cycle de violence, comme le secrétaire d’État américain Marco Rubio, dans une déclaration émise le 10 mars 2025, a appelé les autorités syriennes de transition à tenir responsables ceux qui ont commis ces crimes, tandis que l’Union européenne a appelé à garantir des enquêtes indépendantes pour révéler les circonstances complètes de ces crimes et condamner leurs auteurs. Les positions internationales qui sont venues sans mesures punitives ou au moins une menace de celles-ci révèlent la flexibilité occidentale dans le traitement de l’administration de transition dirigée par Al-Sharaa, et lui donnent du temps pour dissiper l’ambiguïté concernant la nature de l’attaque sur la côte syrienne.

4- Faiblesse des mesures d' »Al-Sharaa » visant à découvrir la vérité : Malgré l’annonce par le président de transition, Ahmed Al-Sharaa, le 9 mars 2025, de la formation d’un comité indépendant pour traiter des affrontements sur la côte, ce comité a été largement critiqué en raison de la longue période allouée pour découvrir la vérité, en plus des doutes sur l’intégrité du comité car ses membres sont affiliés à la nouvelle administration.

5- Crainte des interventions turques soutenant l’administration de transition : Il est clair que les préoccupations de la secte alaouite augmentent après l’annonce du président turc le 10 mars 2025 que son pays « continuera à fournir toutes les formes de soutien possibles » à la Syrie, quelques jours après les affrontements violents sur la côte syrienne. Du point de vue de la secte alaouite, les interventions turques peuvent entraîner une pression accrue sur le composant alaouite, que ce soit en excluant leur présence dans la vie politique ou en soutenant les opérations de sécurité de la nouvelle administration syrienne contre ses ennemis locaux. La poursuite de la politique de la Turquie dans cette approche signifie une érosion supplémentaire de l’influence du composant alaouite en Syrie.

Chemins possibles

Les actes de violence contre la minorité alaouite en Syrie indiquent qu’il existe des chemins possibles concernant la présence future du composant alaouite en Syrie dans la période à venir, et les plus importants de ceux-ci sont les suivants :

1- Déplacement massif des Alaouites vers les pays voisins, en particulier le Liban : Il est probable que la violence systématique dans les villes côtières syriennes pousse de larges secteurs de la secte alaouite, qui constitue environ 10 % des Syriens, à un déplacement massif vers les pays voisins, en particulier le Liban, où la frontière libano-syrienne a été témoin de l’afflux de centaines de réfugiés alaouites fuyant les meurtres sectaires, sans parler de la confirmation par les autorités libanaises le 11 mars 2025 que plus de 350 familles syriennes appartenant à la secte alaouite ont traversé le Liban ces derniers jours.

2- Changement de la composition démographique des villes côtières syriennes : Le déplacement forcé des Alaouites sous la violence sectaire pratiquée par l’appareil de sécurité sous la nouvelle administration syrienne et les combattants étrangers qui lui sont loyaux coïncide avec des préoccupations croissantes concernant un changement démographique possible dans les villes côtières, en particulier Lattaquié et Tartous, considérant ces zones les plus accueillantes pour la secte alaouite en Syrie. Dans ce contexte, et dans le cadre de l’héritage de l’hostilité envers la secte alaouite, que la nouvelle administration considère comme une extension du régime d’Assad, il est probable que la nouvelle administration adopte des politiques démographiques dans la période à venir visant à changer la composition de la population des villes côtières, dans le but de démanteler le tissu social et de affaiblir l’identité nationale des Alaouites, en changeant la composition de la population des zones où les Alaouites sont concentrés, et en garantissant leur transformation en zones d’influence politique et sécuritaire pour la nouvelle autorité.

3- Alliances alaouites avec des entités armées opposées au gouvernement : Avec la poursuite des meurtres basés sur l’identité sur la côte syrienne, où se concentre la majorité alaouite, celle-ci pourrait se tourner vers la construction d’alliances locales avec des forces opposées à la nouvelle administration syrienne, y compris certaines parties kurdes qui rejettent l’accord récent signé le 10 mars 2025 entre les Forces démocratiques syriennes « FDS » et le gouvernement Al-Sharaa. Il est également probable que la secte élargisse ses alliances avec des organisations armées dans la région, en particulier les factions irakiennes qui ont fondamentalement rejeté la soumission et la reconnaissance de la nouvelle réalité qui est apparue en Syrie à la suite de la chute du régime de Bachar al-Assad.

Cela est révélé par la déclaration du secrétaire général d’Asa’ib Ahl al-Haq, Qais al-Khazali, le 8 mars 2025, exprimant sa profonde préoccupation face à l’escalade de la violence en Syrie, et sa confirmation dans ses déclarations que « les exécutions ciblant les membres de la secte alaouite causent une panique profonde et nécessitent une action urgente de la communauté internationale pour les protéger. » Dans ce contexte, l’élargissement de la relation du composant alaouite avec des entités armées locales et régionales semble probable, car cela représente un dernier recours pour protéger la minorité, et en même temps indique les répercussions inverses de la violence que les Alaouites affrontent actuellement.

4- Tendance alaouite à forger des alliances avec l’Iran, la Russie et Israël : Il est probable que les forces politiques alaouites cherchent à explorer de nouvelles alliances dans la période à venir pour se protéger des risques de la violence qu’elles affrontent. Dans ce contexte, les perspectives de retour aux alliances avec les partisans traditionnels de la secte, en particulier l’Iran et la Russie, peuvent augmenter, car leurs intérêts et leur présence militaire dans la région de la Méditerranée orientale ont été endommagés après la chute du régime d’Assad. D’ici, on peut comprendre la condamnation de la Russie de la violence sur la côte, ainsi que la déclaration du ministère iranien des Affaires étrangères le 11 mars 2025, qui a décrit les incidents de violence sur la côte syrienne comme « regrettables », et a ajouté que « les attaques contre les minorités, y compris les Alaouites, les chrétiens et les Druzes, représentent une blessure aux sentiments humains et à la conscience internationale. »

En même temps, on s’attend à ce que la secte alaouite cherche à renforcer ses relations avec Israël, surtout à la lumière des tentatives de ce dernier d’institutionnaliser le projet sectaire à l’intérieur de la Syrie. Les Alaouites pourraient chercher à exploiter cette direction pour neutraliser la violence pratiquée par la nouvelle autorité contre eux. D’ici, on peut interpréter ce que les médias israéliens ont publié ces dernières semaines concernant l’envoi par un certain nombre de chefs alaouites en Syrie d’un message au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dans lequel ils demandent « d’être sauvés du régime de Hay’at Tahrir al-Sham. »

Risques graves

En conclusion, on peut dire que l’escalade du ton sectaire dans les villes côtières syriennes a grandement affecté la situation de la secte alaouite, augmentant son immersion dans ses préoccupations internes après la chute du régime d’Assad. Cette situation a ouvert la porte à des questions sur l’avenir de la secte alaouite en Syrie, car certaines données internationales ont montré le déplacement complet des familles alaouites de la côte syrienne, en plus de révéler un processus de transformation démographique dans la région visant à démanteler la structure sociale des Alaouites, ce qui annonce des risques graves pour l’avenir de la secte à l’intérieur de la Syrie.

Mohamed SAKHRI

Je suis Mohamed Sakhri, fondateur de World Policy Hub. Je suis titulaire d’une licence en science politique et relations internationales, ainsi que d’un master en études de sécurité internationale. Mon parcours académique m’a offert une solide base en théorie politique, affaires mondiales et études stratégiques, me permettant d’analyser les défis complexes auxquels sont confrontés aujourd’hui les États et les institutions politiques.

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