
Les cybercapacités de la milice libanaise du Hezbollah se sont considérablement intensifiées. En témoigne un rapport de la société de cybersécurité « ClearSky » publié fin janvier, qui a révélé qu’un groupe de piratage affilié au Hezbollah, nommé « Cèdre libanais », avait mené une campagne d’espionnage mondiale. En outre, des rapports de renseignement ont indiqué que le Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI) a mis en place une nouvelle unité de cybersécurité au sein de l’appareil de contre-espionnage du Hezbollah. Les efforts actuels du Hezbollah pour renforcer ses cybercapacités peuvent être interprétés comme une mesure visant à renforcer la capacité de la milice à espionner facilement diverses institutions de l’État libanais. On s’attend également à ce que le Hezbollah cherche à tirer parti de sa cyber-puissance croissante pour lancer des cyberattaques contre certains pays de la région. La mise en place par Téhéran d’une nouvelle unité de renseignement pour le Hezbollah, sous la supervision de l’Iran, s’aligne sur la stratégie plus large de l’Iran visant à renforcer son contrôle sur le Liban.
Plusieurs indicateurs clés indiquent l’augmentation significative des cybercapacités du Hezbollah et les motivations qui sous-tendent les efforts de la milice pour renforcer ses capacités dans ce domaine :
Campagne mondiale d’espionnage :
La société de cybersécurité « ClearSky », basée à Tel Aviv, a rapporté fin janvier qu’un groupe de pirates informatiques soutenu par le Hezbollah avait mené une campagne d’espionnage mondiale, ciblant principalement les réseaux de télécommunications dans plusieurs pays du monde.
La société a détaillé que le groupe de pirates, connu sous le nom de « Cèdre libanais », a réussi à pirater plus de 250 serveurs aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Égypte, en Jordanie, au Liban, en Israël et en Cisjordanie. La campagne d’espionnage, lancée par « Lebanese Cedar », a commencé au début de l’année 2020 avant d’être récemment découverte. Les cyberattaques menées par ce groupe visaient à recueillir des renseignements et à voler des bases de données contenant des informations sensibles. Selon les médias, la plupart des membres du groupe « Cèdre libanais » ont été sélectionnés dans l’unité conjointe irano-libanaise, qui agit comme une armée électronique établie après l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005.
Mise en place d’une unité d’espionnage interne :
Selon des rapports comme celui d’Intelligence Online le 24 mars, la Force Qods du CGRI a mis en place une nouvelle unité de cybersécurité au sein de l’appareil de contre-espionnage du Hezbollah. Ces rapports suggèrent que « Jawad Hassan Nasrallah », le fils du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, est impliqué dans cette unité. L’objectif de la nouvelle unité est de former les espions du Hezbollah à l’exécution de cyberattaques.
Les rapports ont également noté que la nouvelle unité est basée dans un bâtiment abandonné de la banlieue sud de Beyrouth. Téhéran a équipé ce siège des dernières technologies, à l’instar de ce qui a été fait à l’Université Sharif de Téhéran, qui enseigne l’informatique à environ 90 000 étudiants. Les informaticiens de cette université forment un vivier de talents précieux pour les agences de renseignement iraniennes. Les rapports spéculent que le CGRI supervisera la formation de pirates informatiques à Beyrouth, qui sont recrutés au Liban, en Irak et en Syrie, afin de les éduquer sur le profilage social, les cyberattaques directes et les campagnes d’influence.
Espionnage des institutions de l’État libanais :
La poussée actuelle du Hezbollah pour améliorer ses capacités cybernétiques peut être considérée comme un effort pour augmenter la capacité de la milice à espionner facilement diverses institutions de l’État libanais. Ceci, à son tour, renforcerait la force du Hezbollah dans l’équilibre des pouvoirs intérieurs dans le pays, lui permettant de contrer d’autres forces.
Renforcement du contrôle iranien sur le Liban :
La création par Téhéran d’une nouvelle unité de renseignement pour le Hezbollah et sa supervision de cette unité font partie de la stratégie plus large de l’Iran visant à resserrer son emprise sur le Liban. Cette décision s’aligne sur les promesses faites par le commandant du CGRI, le général de division Hossein Salami, d’étendre les capacités cybernétiques et techniques de l’appareil de renseignement iranien après la mort de Qasem Soleimani.
En résumé, l’escalade des capacités cybernétiques du Hezbollah représente un saut qualitatif dans les outils et les ressources à la disposition de la milice. Ce développement est susceptible de renforcer le rôle perturbateur du Hezbollah dans la région. En outre, la surveillance iranienne de ces capacités croissantes renforcera la position du Hezbollah en tant qu’instrument clé dans le projet régional que Téhéran poursuit.



